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Site littéraire et poétique personnel

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    R A  X  O  L  A

    (revolution axis opens lights ahead)

    GUTS OUT

    sur le versant des incorruptibles 

    http://raxola.net

    https://www.facebook.com/yves.kengen

    Yke Raxola (Yves Kengen), Phil Bertran, Mario Zola, et Fab Giacinto

    Le punk-rock de Raxola, vif, d'un son impeccable, costaud, madré mais aussi formidablement varié, me restitue mes premiers élans & émois musicaux, quand la scène de la fin des années soixante-dix exhibait des crêtes sauvages, des idées anarcho-iconoclates, une sévère discourtoisie sociale, des riffs élémentaires et offensifs, des épingles à nourrice, de gluants glaviots belliqueux et des tessons de cannettes. L'affaire ne tient pourtant pas dans un effet de la nostalgie. Car si le punk-rock de Raxola me remet en mémoire la geste punk, son aigreur et sa violence assénée, il me donne aussi un son très abouti, une compétence, une aventure régénérée, diversifiée qui a gardé le souffle, la gerbe, le prurit et a considérablement peaufiné l'outil. C'est du vrai, du bien grandi, du solide, du poignant, du maturé, parvenu à l'âge bien adulte sans l'ombre d'un reniement ni d'une défaillance. 

    kengen 2.jpg

    Aujourd'hui, Raxola, qui affiche quarante balais à son compteur, qui a été une des têtes de proue de la scène punk belge avec les Kids et Hubble Bubble, sort Guts Out, son nouvel album. Raxola revient donc, recomposé, reconstruit comme le phénix mais dans un édifiant état de santé. Pour connaître l'histoire du band, sa discographie, ses avatars, ses rebonds, je recommande la lecture de l'article ci-joint

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Raxola

    Le phénix est là, donc, de retour, lui, le bouffeur de boyaux paraît tripes à l'air. Dépoitraillé. Mais, selon ses magies, en pleine forme, avide, vilain et serres acérés. Résistant, arrogant, et toujours pas domestiqué. 

    Guts Out

    Émotions et sensations en vrac. A l'écoute. J'ai le tympan qui frémit. Oui, ça cogne alerte, musclé, ça rue, le r sexpistolisé, à la Rotten Johnny, Son of a bitch pour ouvrir les hostilités. Des petits solos fumants, pointus. J'aime la forme déstructurée, distroyed de façon sophistiquée, de Paranoized, une rythmique insidieuse, variable, avec une batterie cinglante, lourde et chaude. Carton. Avec Waiting for WW3, on est dans la conviction au marteau de forge, avec des breaks bien foutus, très subtils. La voix d'Yke Raxola (Yves Kengen) suture tout ça avec les dents. Ah, Come Back Shoes, oui, ça me va tout droit au plexus, ça pue le pogo à plein nez, mais un pogo de race,avec un son guitare bien foutu et exalté, section rythmique saignante. A écouter pleins décibels, l'esgourde ventousée à l'ampli. Rolling Son nous embarque sur une houle vertigineuse, décalée, flottante, un tantinet psychédélique mais avec l'influx punk, une sonorité étrange et conquérante. Les types de Raxola tiennent une forme infernale, dans la compo et dans l'interprétation. Ici, le rappeur Mingus (Afrique du sud) apporte une contribution très aboutie. C'est superbement bien assorti. Une vraie coopération. Le son guitare entre en fureur, le morceau prend feu. Sacrément bien foutu. I Wanna Be An Angel, c'est, dirait-on, le tube de l'album. Il a la facture du morceau qui cartonne. Une once d'ironie, de l'insoumission, une séduisante façon de bondir. On voit des moignons d'ailes apparaître aux omoplates d'Yke Raxola. Tout à fait crédible. The Idiot, oui, c'est ma came, sec, torché mais avec des lancinances, cette voix excédée, un zeste démoniaque de l'ange, repenti on le présume. Yke tient une pêche de géhenne.  Sur Back On Wild, la rythmique opère superbement, des petits solos futés et efficaces en diable, encore un morceau qui pourrait faire office de tube, retour du rappeur Mingus, oui, c'est un plus pour l'album, c'est une trouvaille. Oui, le morceau possède un tonus formidable, il m'emporte, j'exulte, c'est sévère en classe. L'ironique Stakanovist Punk (rock around the cock, bon dieu, c'est cohénien !) me renvoie, intact, aux secousses de mon adolescence, c'est fourré à la nitroglycérine, à l'électricité sauvage.  Between The Wars, c'est une pièce à l'écart, une sorte de ballade superbe, lente, déchirante, belle comme tout. Instant de poésie nue.  Je me passe un kleenex sous les yeux. Les salauds, ils m'ont pris au dépourvu. J'aime. La voix de Kengen chiale et se redresse d'orgueil, c'est poignant. On ne peut pas mieux finir. Un esprit clairvoyant aura senti que j'aime cet album et qu'il m'a retourné les viscères et l'âme. Reconnaissance. Ite missa est.

    https://www.youtube.com/watch?v=vKXSLdSMddM


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  • 10/08/17--06:48: Suzy Cohen, nouvelle aile
  • On sait l'admiration que je voue à l'artiste Suzy Cohen. Aujourd'hui, j'ai la chance d'augmenter ma collection virtuelle de quelques pièces qui donnent naissance à une nouvelle aile dans mon espace internautique personnel. L'aile est rehaussée de deux poèmes récents de l'artiste.

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    Tu dors
    Comme dort la nuit
    Avec des ombres
    Du silence
    Et des étoiles
    Sur la peau

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    Il est des alchimies
    Qui vous transforment
    Et font sauter tous
    Vos verrous
    Et d'un coup
    On se retrouve
    Volontairement
    En prison !
    Un bracelet au pied
    Dans une espèce
    De dépendance chaude
    Comme une pluie tropicale
    À laquelle on s'offre avec ferveur

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    I COMME IRAN

    de Sanaz Azari avec Behrouz Majidi

    Joaillerie et documentairea mam1.jpg

    Les circonstances

    a mam 2.jpgSuzy Cohen, artiste judéo-marocaine qui elle aussi a connu l'exil, l'apprentissage des langues différentes, les vexations, les injures, avait attiré mon attention sur la qualité extra-ordinaire de ce documentaire de Sanaz Azari et de son interprète Behrouz Majidi, Iranien en exil que nous appelons affectueusement Mamali. Par la suite, grâce à l'intercession de Suzy Cohen, nous avons revu ce documentaire exceptionnel en compagnie de Christine Nicaise, l'artiste peintre qui était l'épouse de Mamali, hélas décédé récemment, de façon inopinée. Le drame de sa disparition a ébranlé Christine, il nous a, nous aussi, fortement atteints. Et nous regardons cette terrible absence comme des éleveurs d'Afrique sidérés et abasourdis cherchent un point d'eau et de vie soudainement disparu, anéanti. Mon propos, en chroniquant dans mon espace littéraire personnel, n'est pas réellement de "faire de la presse". Mon propos, c'est toujours, c'est d'abord de transmettre une vibration, un frisson, un bouleversement, un tressaillement, de mettre à portée de mon visiteur, ce qui m'émeut et me met en mouvement, ce qui sollicite, pour les grandir et les enrichir, mon âme, mon cœur, mon intelligence. Ce qui fait tinter la cloche de mon humanité. Ici, devant I comme Iran, devant la disparition de son acteur, devant le désastre dans lequel est jeté Christine Nicaise, ma vie tend les bras et prend tout ensemble, l'oeuvre, la tragédie, la détresse et retentit violemment à la fois comme un tocsin d'alerte et un bourdon de glas. Je frémis de l'écrire. Mamali avait acquis la nationalité belge, il venait d'échapper tout récemment à cette errance honteuse à quoi sont livrés les migrants qui fuient une réalité abjecte, à ce trou d'identité qui deviendra le scandale de notre siècle, quand il aura pris du recul face à son égoïste pusillanimité. Mamali respirait enfin. Sans doute, pourtant, la résistance, l'exode, la longue lutte, les épreuves répétées, les brimades, les procédés vexatoires ont-ils usé ce cœur ardent, courageux et exalté, ce coeur épris de justice et de liberté. Pourtant, I comme Iran, témoignage splendide et exceptionnel lieu de mémoire désormais, nous convie à voir Mamali à  l'oeuvre. Vivant, beau, convaincant, subtil, habité d'un feu captivant, sorti blessé d'une épreuve terrible. Le voir au-dessus du ressentiment personnel mais totalement investi, engagé dans une conscience politique ferme et courageuse, dans un combat au fleuret, à l'élégance, à la poésie, un combat qui prend racine dans la racine même des mots. Rien, peut-être, n'est plus efficace, dans la protestation ultime, que la position de cet enseignant qu'il incarne et dont il est la matière et l'essence. Cet enseignant providentiel fait naître de l'approche sensible, raisonnée, habile et perspicace des mots le halo magnifique de la liberté. "Mamali, me disait très judicieusement Suzy Cohen, a la même présence de dos que de face, et quand il efface le tableau, même ce geste anodin est chargé, métaphorique...c'est une force". Mamali est à l'écran ce qu'un ami qu'on aime, qui rayonne et en qui on a confiance est à la vie. Il témoigne là, avec une grâce philosophique et une inspiration poétique rares. "Et on comprend à travers ce film, me disait Suzy Cohen avec ferveur, tous les dégâts faits sur cette belle âme ... Il faut parler, ajoute-t-elle, de toutes ces langues qu'il emploie et qu'il a glanées sur le.chemin...". Oui, ce parcours pénible, harassant, dans le film, il le suggère. Si bien, si adroitement qu'on le lit en filigrane, Suzy Cohen a raison. Mamali est de ces hommes qui trouvent de l'or impalpable dans l'épreuve, des fruits savoureux dans le désert. Ses yeux considérables l'affirment. Sa dextérité intellectuelle le signale. Nous savons toutefois, avec Aragon et Brassens, "ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson, ... , ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare". Nous devinons, avec un effroi mêlé de compassion, l'énergie vitale qu'il aura dépensé au cours de ce long gravissement.

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    La réalisatrice Sanaz Azari

    Le pitch

    Nous sommes dans une classe. Un bureau, un tableau, un enseignant, une étudiante. Huis clos. L’étudiante (la réalisatrice, Sanaz Azari) a une connaissance orale de sa langue maternelle. Elle veut apprendre à la lire et à l'écrire. Pour l'assister dans cette voie (voix), un enseignant (Behrouz Majidi, notre Mamali). Son regard pétille d'intelligence. Il possède cette langue iranienne, le persan, et l'enseigne avec bienveillance. Une once de malice aussi. Il apprend à son élève la graphie, les notions élémentaires de la langue. Entre elle et lui, un dialogue plein de saveur, de savoir, d'écoute, de respect. Il ouvre son enseignement à l'histoire et à la culture de l'Iran. Il ajoute à l'enseignement strict la notion d'initiation. Il revient sur les mots immolés, pour cause de révolution islamique. Je laisse Suzy Cohen, exaltée et tellement impliquée, vous parler de Mamali évoquant le vin.  "Saroooob. Le vin. Mamali boit le mot, il s'en délecte. Ce mot, cet interdit désormais .Sa manière à lui de dire merde aux mollahs. À l hypocrisie qui tue." La révolution islamique a balayé le mot vin pour en fait un neutre nectar des anges, quelque chose de cette nature. Ce mot destitué, Mamali le fait sonner comme l'ivresse qu'il apporte, il l'enfle de souffle et d'ivresse.  "Naaan, le pain, poursuit Suzy au maximum de sa fièvre, le pain, le début de tout.. Le début de la lutte, c'est beau". Oui, pour apprendre le mot pain, Mamali prend l'exemple d'un père désargenté qui ne peut offrir de pain aux siens. Tout est imbriqué, la leçon de persan est aussi la leçon de vie. La leçon est aussi un questionnement d'une profondeur vertigineuse. Qu'est-ce qu'une révolution ? Qu'est-ce que la conscience d'un peuple ? Et de ce foisonnement de rectifications, d'interrogations, de mots et de vignettes pris de vertiges eux aussi, redistribués comme un imagier insidieux de Magritte avec une opportunité implacable, on voit se lever, fascinant et bienvenu, le corps presque transparent de la liberté. Geste blasphématoire et salvateur par excellence. Mamali continue invariablement, désormais, à affirmer son opposition à toute révolution qui, pour asseoir sa pérennité (relative), s'assoit sur la saveur, la complexité, sur la poésie, sur la liberté des mots et des idées. Je le salue comme un phare, avec respect et affection. J'écris ceci pour tous ceux qui l'aiment et pour le bonheur intime et lumineux que c'est de faire connaître à des inconnus un beau visage aimable. Digne d'être aimé.  

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    Mamali et Christine


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  • 10/23/17--09:18: Faramineux Marcel Moreau
  • FARAMINEUX MARCEL MOREAU

    Je suis une espèce de cancer lyrique

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    Photographie, Jean David Moreau

    Ce samedi 21 octobre, Suzy Cohen et moi avons animé notre atelier d'écriture autour de notre auteur de prédilection, le faramineux Marcel Moreau. Ce qualificatif de faramineux nous agrée d'autant plus que son étymologie voisine avec la bête ( faramine, l'animal fantastique, la bête féroce, du latin ferus"sauvage") et que sa signification désigne l'extraordinaire, le prodigieux.

    Le décor : une magnifique pièce investie d'éléments décoratifs issus de l'Inde, de la Thaïlande, du monde entier, un superbe choix d’œuvres. Au centre, une table. Sur la table, lieu central, un choix d’œuvres de Marcel Moreau. 

    Suzy Cohen, qui est à l'origine de cet atelier, est une grande lectrice de Marcel Moreau, elle connaît l'oeuvre, elle la possède, elle la dit, elle la porte, elle l'évoque avec ferveur, saveur et pertinence. D'abord, pour que les participants sachent à qui ils ont affaire, à quel considérable auteur l'atelier est dévolu, elle donne en lecture une première pièce fulgurante, un texte dans lequel l'auteur évoque sa naissance à l'écriture. Scandée, la prose de l'immense Moreau déferle dans la pièce. 

    http://www.tiensetc.org/naissance-a-l-ecriture-a464813

    Dans la foulée, Suzy Cohen propose aux participants une biographie succincte de l'auteur, une biographie relevée de quelques extraits.

    Plus tard, elle donnera lecture d'un remarquable texte qu'elle signe et dans lequel elle parle du rythme chez Marcel Moreau. Elle en parle comme d'une donnée essentielle. Elle évoque la pièce un Cratère à cordes. Elle a assisté à une représentation bruxelloise de l'oeuvre. Elle dit la remarquable qualité de représentation offerte par les acteurs, leur jeu physique et très impliqué et la présence discrète de l'auteur, son humilité et sa reconnaissance envers la troupe.

    Suzy Cohen : http://denyslouiscolaux.skynetblogs.be/suzy-cohen/ 

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    Pour ma part, j'entre en jeu avec un portrait personnel du Maître.

    Moreau est un grand solitaire, un homme qui se tient à l’écart des coteries, des copinages, des cercles. Il a mené, tout au long de sa vie, une expérience littéraire isolée, d’une exigence faramineuse et d’une liberté rare. Nomade passé aux quatre coins du monde, il est aussi, dans sa littérature, l’homme de l’écartèlement magistral, celui qui fouille et exhume dans ses humus personnels, pour les jeter à la face du livre, des trésors de vitalité entravée, des soleils noirs, des cadavres et des lumières ahurissantes, de grandes convulsions charnelles. 

    Homme du tonnerre, écrit-il à propos de lui, homme des outrances. Moreau, l’homme qui délivre les instincts du carcan terrible et mortifère de la morale vue comme une puissance de dévitalisation, a créé un style qui ne cesse de culminer, de gronder, de ruer furieusement, avec grandeur, dans les brancards des entraves posées tout au long d’un destin humain.

    J’étais jeune lorsque j’ai lu « Discours contre les entraves » et ma vie en a été profondément affectée. J’ai vu ce qu’est une phrase en nage, en torsion, en extension, en majesté, j’ai vu la tempête dans l’écrit, le typhon, j’ai vu la rébellion magistrale des instincts, leur affirmation somptueuse face au monde de la mesure, du compte-gouttes, de la raison frileuse. Libre de toute illusion, Moreau est un immense taureau noir en même temps que celui qui le fait danser, suer et périr et renaître. L’attrapade est sans fatigue, Moreau le forcené déboule comme un faune en force sur le territoire cosmique de son écritoire. Parmi les étoiles, dans la mine où il a rêvé de descendre, sur le toit des choses d’où son père a chuté, aux quatre coins du monde où il a marché. « Sur fond de néant, les livres de Moreau, écrit pertinemment Danielle Bajomée, sont aspiration à un embrasement de tout l’être enfin dégagé de ses limitations ».

    Forge en puissance, Vulcain, volcan en perpétuelle et périlleuse vitalité, et Hercule, Priape plein de sève et de fureur charnelle, jamais, avant lui, la beauté n’a été à ce point convulsive et soutenue comme convulsive, non en une formule, mais en un mélange intime de soi et de l’écriture, de la vie et de la littérature.

    La vie est le substrat, la matière vivante de l'oeuvre, la poudre que l'écrivain va rendre formidablement explosive, brûlante, éblouissante et vénéneuse. Fureur, inventivité, prouesses langagières effarantes, halètements d'ogre en appétit. Dire tous les traumatismes, s'en ébrouer, ne pas admettre la présence du frein. Effervescence perpétuelle, agitation, trémulations terribles devant les Gouffres et abîmes intérieurs.Moreau, c'est encore celui qui refuse d'immoler l'animalité, qui la réquisitionne et l'exhibe comme un trophée, un rescapé de la grande entreprise de domestication, une gloire terrible, qui la célèbre et l'aiguillonne. Les viscères, pour Moreau qui écrit les Arts viscéraux, sont aussi les instruments de musique d'un vaste et prodigieux opéra dont il est le compositeur, le chef d'orchestre et chacun des instrumentistes. Moreau est l'auteur de l'urgence, celui qui ne peut cesser de se délivrer de ses démangeaisons littéraires, il est l'homme de l'urgence sans autre remède qu'une furie littéraire toujours relancée.

    L'atelier va comporter un grand nombre de lectures et de citations prélevées dans l'oeuvre de l'auteur évoquant son aventure littéraire.

    Mon écriture est une longue histoire d’amour et de déchirement, de morsure et d’emmêlement entre le corps et la parole. Les Cahiers Caniculaires, 1982

    Dans les mêmes Cahiers, Moreau dit sa volonté permanente de coller à la glu du réel, du vrai, du perceptible : En un éclair, le mot prévient le danger d’abstraction, jugule la cérébralité ou sa tentation.

    La substance de mon écriture est bien faite de ce qu’il y a de plus excessif en moi. A force de s’ouvrir à tout ce qui me dépasse, elle devait tôt ou tard s’identifier au dépassant même. Vers elle, je m’épuise sans cesse, je me vide plus pour la remplir d’être qu’un croyant ne se consume pour la divinité.

    Je mesure la grandeur d’une littérature à la force avec laquelle elle dévaste mon être, aux extrêmes vers lesquels elle me pousse, au volume de réalités contraignantes qu’elle dilue autour de moi. L’Ivre livre, 1973

    Qu’est-ce qu’un grand écrivain ?Celui qui par ses œuvres abonde dans le sens des choses que nous ne pouvons ni n’osons nous avouer. C’est un excavateur progressant vers le point le plus inconnu, le plus inouï, le plus insoutenable de lui-même. Nous comprenons enfin que pour éclairer la nuit toujours reculée du mystère humain, le concours des valeurs existantes n’est ni absolument nécessaire ni le moins du monde souhaitable. Les grands esprits ne rassurent jamais, c’est ce qui explique qu’ils sont peu rassembleurs. Ils arrivent avec le glaive et le feu et vous disent « débrouillez-vous ». Ce glaive fera la guerre d’une part à l’intérieur de nous-mêmes, à ce monde crispé qu’ont verrouillé la morale, l’éducation, la raison, d’autre part à l’extérieur, contre les verrouilleurs. Ce feu n’aura de lueurs au-dedans de nous que pour nos vieux démons enténébrés tandis qu’au-dehors il brûlera les âmes qui seront venues à lui. L’Ivre livre

    Je suis maintenant légitimé à dire que parce que l’érudition s’est refusée à ma conscience, ma conscience s’est donnée à la psychologie. Et qu’est-ce que cette psychologie sinon, à chaque instant, comme je l’ai dit plus haut, de la chair qui se raconte à la pensée, ou de la pensée racontée par de la chair. Morale des épicentres, Denoël, 2004

    J’ai le boyau savant, la merde divinatoire. J’ai même un encyclopénis. Je vais, je viens, dans le nuitamment-là. Dans l’orageusement lourd. Le luxurieux lugubre. Étranger, je le suis par les narines. Les esprits puent, elles hument. Le suis par les oreilles. Le siècle rit, j’entends un râle. Le suis par les yeux : je scrute et ne vois rien venir. Je me dis : “Tu es l’idiot des colloques, des salons, des rassemblements pour la paix, le progrès, l’entente entre les peuples. J’en suis l’irrésistible absent. Mille voix rauques, Buchet-Castel, 1989.

    Je crois avec une ferveur accrue que la seule aventure qui vaille est nécessairement intérieure. Que chaque homme se doit de devenir le monstre dont il possède en lui, ravagées, mutilées, maudites, toutes les composantes.

    J'ai toujours écrit comme si j'allais mourir demain. Cela suppose un verbe rapide, furieux, essentiel... Mon imagination est tumorale, toute ma psychologie, ma graphie, même. À moi seul, je suis une espèce de cancer lyrique. Incandescences

    Pour l'organisation des exercices d'écriture proposés dans l'atelier, deux nouveaux textes sont lus. Un long extrait de Quintes, l'effarant et premier roman de Marcel Moreau. Moussia, une belle employée, pour se rendre aux toilettes doit se frayer un chemin parmi un groupe de fumeurs que l'ample beauté de la femme excite sourdement. Cela donne lieu,chez Moreau, à des pages inédites, énormes, exorbitantes, absolument irrésistibles.

    marcel moreau 3.jpg

    Photographies : Jean David Moreau /http://www.tiensetc.org/jean-david-moreau-p13601 

    Enfin, on procédera à la lecture d'un poème (Femme, sœur, amie) extrait de la Tectonique des femmes, recueil de textes saisissants, affolés et affolants, illustrés par d'étourdissantes photographies de Jean-David Moreau, fils de l'auteur. Pour découvrir l'oeuvre exaltante Jean-David Moreau, consultez par exemple ces espaces :

    https://blogs.mediapart.fr/jean-claude-leroy/blog/061013/jean-david-moreau-photographe-une-resurrection-des-evidences  

    http://www.editions-tipaza.com/home/index.php/catalogue/les-titres/81-categorie-plasticiens/204-jean-david-moreau

    http://www.tiensetc.org/jean-david-moreau-p13601

    Femme, soeur, amie,

    J’ai tourné autour de ton ventre plus de fois que je n’ai couru

    les bals.

    Femme, soeur, amie, amante,

    J’ai contemplé ton ventre plus souvent que les arts d’ici-bas, que

    les constellations là-haut.

    Femme, soeur, amie, amante, prêtresse,

    j‘ai écouté ton ventre avec tant de croyance que ne m’en restait

    plus pour la croyance en l’homme.

    Femme, soeur, amie, amante, prêtresse,

    pécheresse, j’ai appris de ton ventre plus que ne m’enseignèrent

    les livres.

    Femme, soeur, amie, amante, prêtresse, pécheresse, agnelle, louve,

    succube, garce, grâce, FOLLE, j’ai noyé dans ton ventre plus de raison

    que ne s’en vidait mon esprit.

    Mais , Femme unique,

    jamais, au grand jamais, je ne pourrai jurer, sur ton vente, à sa source,

    que je sais où je vais lorsque je vais en lui.

                                                 *

    Ceci n’est pas tout à fait un sexe.

    C’est l’entrée d’un pays qui commence par l’abyme.

    Ceci n’est pas tout à fait une fissure.

    C’est, balbutiée, la promesse d’une béance.

    Ceci n’est pas tout à fait à la naissance du désir. C’en est la convocation,

    nocturne, moite, grondante, interlope.

    Enfin,  ceci  n’est pas tout à fait la femme que l’on connaît.

    C’est, par-dessus sa feinte tranquillité de dormeuse, le sillon

    insomniaque de ses sens. C’en est l’histoire immémoriale,

    ramassée dans un bras du fleuve

    Amazone

                                                 *

    C’est ainsi que la femme fut créée.

    Pour que les ténèbres soient plus douces que la lumière.

    Pour que le creux soit plus vrai que l’éminence. Pour que

    l’énigme soit plus belle que l’élucidation. Pour que le

    jour qu’elle donne et la volupté qu’elle répand soient des

    mêmes noces englouties qui réunissent le corps fécond et la

    chair dévergondée. Pour que l’homme, quand il lui fait l’amour,

    se sente ce nomade singulier qu’orientent les appels au vertige,

    tandis que s’égare le dérèglement des astres.

                                                    *

    Elle est la peau.

    Elle est la peau dont on ne sait que dire.

    La peau de ce qu’il y a

    au-dessous de la peau.

    La peau de nos Afriques languides, en proie au sommeil des sorciers.

    Elle est la peau des origines.

    De l’avenir des origines.

    Elle est ce dont s’habille la lascive sauvage, lorsqu’elle frissonne,

    dont elle se déshabille quand elle brûle.

    Elle sent bon l’onction musquée des premières fièvres, l’oisive

    mouillure des ivresse cavitaires.

    Elle consacre les ruissellements, tous.

    Et pourtant, il se peut qu’elle appartienne à cette femme de haute

    lignée mélodieuse qui pose soudain sur votre épaule sa tête

    d’enfant et vous murmure les mots qui feront de vous, à genoux,

    son pur glorificateur.

                                                  *

    Tu me caches quelque chose…

    Quelque chose de bien plus bas que la terre, une entrée dans tes

    pieds, une autre dans ta gorge.

    Tes pieds, ta gorge s’ouvrent, mais jamais par ces entrées qui

    mènent au flamenco…

    Quand bien même te couperais les pieds, te trancherais la gorge,

    ne trouverais ce chemin que ton dieu seul connaît…

    Tu me caches quelque chose…

    Quelque chose de bien plus bas que la mer…

    J’y enfonce mes genoux, mon poitrail et ma tête à la suite et

    tu m’as bâillonné pour que je ne crie pas…

    je voudrais te rejoindre quand tu danses tes eaux à m’en pourrir

    l’éponge. Mais jamais ne verrai ce fond d’où tu me vois t’aimer

    d’amour encloaqué…

    Tu me caches quelque chose…

    Quelque chose de bien plus bas que le ciel…

    N’ai plus rien à te dire…Ton amant est le Vent, que veux-tu que

    je fasse ?

    D’une brise il remonte ta robe, d’une rafale il l’ôte, il t’emporte

    en son souffle vers son bordel abstrait, où l’on change de désir

    comme on change de jouir et où les noces sont courtes, le temps

    qu’elles t’écartèlent.

    Tu me caches quelque chose…

    (Tectonique de la femme, Editions Cadex, 2006)

    BIBLIOGRAPHIE

    Quintes, Buchet-Chastel, 1962

    Bannière de bave, Gallimard, 1966

    La Terre infestée d'hommes, Buchet-Chastel, 1966

    Le Chant des paroxysmes, Buchet-Chastel, 1967

    Écrits du fonds de l'amour, Buchet-Chastel, 1968

    Julie ou la dissolution, Christian Bourgois, 1971

    La Pensée mongole, C. Bourgois, 1972; L'Éther Vague, 1991

    L'Ivre livre, Christian Bourgois, 1973

    Le Bord de mort, C. Bourgois, 1974; Les Amis de L'Éther Vague, 2002

    Les Arts viscéraux, C. Bourgois, 1975; L'Éther Vague, 1994

    Sacre de la femme, C. Bourgois, 1977; édition revue et corrigée, L'Éther Vague, 1991

    Le devoir de monstruosité.Obliques,№ 12-13, 1977 p. 15 - 19

    Discours contre les entraves, C. Bourgois, 1979

    A dos de Dieu ou l'ordure lyrique, Luneau Ascot, 1980

    Orgambide scènes de la vie perdante, Luneau Ascot, 1980

    Moreaumachie, Buchet-Chastel, 1982

    Cahier caniculaires, Lettres Vives, 1982

    Kamalalam, L'Age d'homme, 1982

    Saulitude, photos de Christian Calméjane, Accent, 1982

    Londres", Préface du port-folio de photos en photogravure de Christian Calméjane de 100 exemplaires numérotés et signés, Editeur Christian Calméjane, 31.12.1983

    Incandescence et Egobiographie tordue, Labor, 1984

    Monstre, Luneau Ascot, 1986

    Issue sans issue, L'Éther Vague, 1986

    Le Grouilloucouillou, en collaboration Roland Topor, Atelier Clot, Bramsen et Georges, 1987

    Treize portraits, en collaboration avecAntonio Saura, Atelier Clot, Bramsen, et Georges, 1987

    Amours à en mourir, Lettres Vives, 1988

    Opéra gouffre, La Pierre d'Alun, 1988

    Mille voix rauques, Buchet-Chastel, 1989

    Neung, conscience fiction, L'Éther Vague, 1990

    Grimoires et moiresillustrations de Michel Liénard, 1991

    L'Œuvre Gravé, Didier Devillez, 1992

    Chants de la tombée des jours, Éditions Cadex, 1992

    Le Charme et l'Epouvante, La Différence, 1992

    Noces de mort, Lettres Vives, 1993

    Stéphane Mandelbaum, D. Devillez, 1992

    Tombeau pour les enténébrés (en collaboration avec Jean-David Moreau), L'Éther Vague, 1993

    Bal dans la tête, La Différence, 1995

    La Compagnie des femmes, Lettres Vives, 1996

    Insensément ton corps, Éditions Cadex, 1997

    Quintes, Mihaly, 1998

    La Jeune Fille et son fou, Lettres vives, 1998

    Extase pour une infante roumaine, Lettres Vives, 1998

    La Vie de Jéju, Actes Sud, 1998

    Féminaire, Lettres Vives, 2000

    Lecture irrationnelle de la vie, Complexe, 2001

    Corpus Scripti, Denöel, 2002

    Tectonique des corps, Les Amis de L'Éther Vague, 2003

    Morale des épicentres, Denöel, 2004

    Adoration de Nona, Lettres Vives, 2004

    Nous, amants au bonheur ne croyant..., Denoël, 2005

    Le Chant des paroxysmes, suivi de La Nukaï, réédition, VLB Éditeur, Québec, 2005

    Quintes, L’Ivre livre, Sacre de la femme, Discours contre les entraves, réédition, Denoël, collection « Des heures durant... », 2005

    Tectonique des femmes, Éditions Cadex, 2006

    Souvenirs d'immensité avec troubles de la vision, Éditions Arfuyen, 2007, publié à l'occasion de la remise du Prix de littérature francophone Jean Arp 2006

    Insolation de nuit, avec Pierre Alechinsky, La Pierre d'Alun, 2007

    Une philosophie à coups de rein, Denoël, 2008

    Des hallalis dans les alléluias, Denoël, 2009

    La Violencelliste, Denoël, 2011

    Un Cratère à cordes, Les évadés du Poème 2, 2013

    De l'Art Brut aux Beaux-Arts convulsifs, correspondance Jean Dubuffet/Marcel Moreau, L'Atelier contemporain, 2014

    Un Cratère à cordes, Lettres Vives, 2016 

    (https://fr.wikipedia.org/wiki/Marcel_Moreau)

    Choix de sites à consulter pour Marcel Moreau:

    http://www.tiensetc.org/marcel-moreau-p13602

    https://www.franceculture.fr/emissions/sur-les-docks/marcel-moreau

    https://www.youtube.com/watch?v=DqsKcoF9ZvQ

    https://www.youtube.com/watch?v=OayALx8E1RY

    https://blogs.mediapart.fr/jean-claude-leroy/blog/160612/marcel-moreau-corps-ecrivant

    https://blogs.mediapart.fr/jean-claude-leroy/blog/290115/jean-dubuffet-marcel-moreau-de-l-art-brut-aux-beaux-arts-convulsifs


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    Les Chants du Monde de Suzy Cohen

    J’ai vécu comme une ombre

    Et pourtant j’ai su chanter le soleil.

    Paul Eluard

    http://denyslouiscolaux.skynetblogs.be/suzy-cohen

    Avec sa série consacrée aux Chants du monde, Suzy Cohen crée un grand ballet poétique, sémantique, étrange, esthétique de signes, de graphies, de lettres en état de danse, de pose hiératique, de fièvre. Elle recueille, orchestre, met en situation chorale et ballerine ce désir humain d’associer l’utilité de la communication, le geste de sa transcription, le sacré de la langue et le secours de l’art.

    Elle pose le chant dans le signe muet, elle entend le chant dans sa trace silencieuse, dans son élan graphique et manuel. C’est de l’âme du chant qu’il est ici question, de ces lettres qui, comme des conques, des coquillages pulvérisant la voix de la mer, portent en elles le chant du monde, sa culture, ses essences, ses cordes vocales et ses encres. Et dans un superbe élan métonymique, le signe entonne la chose signifiée. Il n’est pas étonnant ici, de trouver sous quelques lignes calligraphiques, comme une cédille, l’indice d’une partition musicale. Chants du monde.

    Dans ces Chants, Suzy Cohen réussit le prodige poétique de faire entendre le crissement de la plume, le frisson amoureux du papier, le frôlement du geste, la glissée mouillée du pinceau. La chorégraphie suggère les musiques qui la portent, les cultures, les accents, les vents, la lumière, les esprits, les odeurs, les dieux.

    Et ce sont, ces Chants, des déclinaisons de la poésie épique, un visage de la poésie elle-même. Poésie, écriture conviée à la plainte, au cri, au rire, à la danse, au chant.

    Cet ensemble nous dit aussi comment l’artiste, qui a sillonné le monde et pérégriné tout le long de son essieu, s’est montrée curieuse de lui et sensible à ses carats et comment, avec quelle délicatesse, avec quelle intensité, avec quelle vibration, avec quelle implication personnelle elle porte témoignage. Celle qui a frissonné s’acquitte en frissons. En systoles. Ces lettres font songer aux systoles, aux extrasystoles.

    Et ce qui chante ici, ce qui tinte, gronde et retentit, c’est certes  le monde, capté dans la singularité de ses accents, de ses gestes, dans ses représentations de la beauté, dans ses désirs de communication, de liberté, d’émancipation, mais c’est aussi Suzy Cohen elle-même, émue, charmée, impliquée, ensorcelée et qui restitue dans un langage graphique des échos et des traductions personnels  Et la voix de ses envoûtements, de ses déceptions, de ses illuminations va se lover dans les tressaillements des signes, dans leurs torsions, dans leurs assemblages étranges et fascinants, dans leurs recompositions, à l’instar d’un musicien cherchant à intégrer dans son œuvre l’âme même de son folklore natal ou d’une griffe musicale séduisante découverte en voyage. Ces chants sont alors la restitution personnelle, artistique, au terme d’une sorte de gestation alchimique, d’une traversée active parmi les caractères enflés de savoirs, de saveurs, d’histoires, de sangs et de croyances.

    Dans tous ces chants, avec des parties d’eux tous, Suzy Cohen ourdit un chant personnel  et universel, un chant qui plaide pour la pluralité, la différence, un chant qui désire les rencontres, les métissages, le respect, un chant qui dit les croisements, les emmêlements, un chant qui sert chacun et l’idée grandiose du tous.

    Ici, ce n’est pas l’espéranto, rien n’est gommé dans le but d’uniformiser un véhicule langagier, ici, c’est la rencontre, en un chœur formidable, sonore et mélodique, de tous les poumons et de toutes les voix du monde.

    Ce chant de Suzy Cohen, rencontre de voix distinctes qui forment chœur, me semble présenter une analogie avec le poème tel que René Char le définit : le poème est l’amour réalisé du désir demeuré désir. Le chant est ici le mariage réalisé des différences demeurées différences.

    En ces temps de déchirement, de rejets, d’affrontement, d’intolérance, cette rencontre harmonique des différences et des parentés, au demeurant, me semble aussi un formidable plaidoyer humaniste.

    A ce chant, Suzy Cohen n’oublie pas d’associer, comme un acte de résistance à toute espèce de candeur, comme un intraitable coup de lucidité, la délicieuse et douloureuse esquisse de cette journaliste indienne sacrifiée. Elle évoque la reconnaissance de la langue de la minorité berbère, elle jette sur la page les pétales bariolés d’une envolée de masques africains – et c’est fulgurant de beauté !,  elle opère sur le cuir vivant, elle sème les traces de sa propre histoire, elle fixe une caravane dans la nuit rouge, lettrée, étoilée, semée d’or du désert. Le désert est un lieu qui l’inspire, qui la hante, qui la mobilise, un lieu qui, contrairement à ses acceptions, lui semble habité et envoûtant, fécond et lyrique.   

    L’angélisme n’est pas la marque de Suzy Cohen, Juive et Marocaine, c’est-à-dire deux fois appelée à la clairvoyance.

    Un coffret vitré s’intitule La Fin du voyage.  Qu’y a-t-il à la fin du voyage, selon Suzy Cohen ? Un trésor ? Des sacs d’épices ? Des liasses ?  Des pépites ? Des balles de thé ? Non, pas du tout. Il y a une paire de lunettes, deux plumes métalliques pour écrire, deux déchirures de papier écrit, un sceau. Art poétique de l’artiste. Voir, transcrire, signer. Au bout du voyag, porter témoignage.

    Il y a, pour légender une magnifique œuvre graphique ornée du collage d’un feuillet manuscrit (mise en abyme étourdissante de la lettre dans la lettre, avec un beau jeu d’acceptions) un titrage merveilleux sous la forme d’un proverbe talmudique : Ne demande jamais ton chemin, tu risquerais de ne pas te perdre.

    Il y a, posée parmi les vers manuscrits, sertie, enchatonnée en eux , coiffée d’une feuille d’or, la Femme Noire de Léopold Sédar Senghor, majestueuse, ample, en volupté.

    Parmi ces raffinements et ses fastes graphiques, ces livres de prières, ces drapeaux de prières, ces corans somptueux, ces pétales d’or, on voit passer, voûtée, accrochée à son bâton, belle et terrible, l’œil blanc, la Mendiante de Zanzibar que semble hâler un chien malingre. Elle est, selon Suzy Cohen, une figure de la beauté. Elle est précieusement recueillie parmi les signes, les chants.

    Autre joyau du recueil, le bouleversant portrait d’une Petite Fille Akha qui a réalisé sa magnifique coiffe et qui affiche, comme une déclaration poétique, la splendeur de ses yeux bleus et de sa bouche rouge. Voilà encore, selon Suzy Cohen, où vivent les œuvres, où se blottit la grâce. C’est ainsi que les filles fleurissent.

    Techniquement, avec son Effervescence chinoise, son Artisanat dans le chaos, sa Fibule berbère, ou ses Fulgurances de l’Inde, pour ne nommer que quelques œuvres, l’artiste porte le collage, qu’elle exploite beaucoup dans cette aventure des Chants, à un état de supérieure efficace, à un formidable qualité d’enchâssement dans les encres, les brous, les formes, les signes.

    Je voudrais enfin rendre justice à ces jeux d’ombres, de dentelles, de fantômes, d’auréoles, de bas-reliefs, de halos obtenus, après des manipulations savantes du papier mûrier,  avec un tampon à ornements acquis en Inde. Le vertige est assuré.

    Inventive, ingénieuse, poétique, singulière, magique, humaniste, frémissante, l’aventure des Chants du Monde de Suzy Cohen compose un étourdissant et vivant chant des signes, une hallucinante danse de la parole, une vision belle, clairvoyante et volontaire du monde qui s’évertue à se dire et à se raconter.

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  • 01/23/18--21:24: EDF
  • Extinction des feux


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  • 01/25/18--06:37: Alain Adam
  •  

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  • 01/25/18--06:42: Suzy Cohen
  • On sait l'admiration que je voue à l'artiste Suzy Cohen. Aujourd'hui, j'ai la chance d'augmenter ma collection virtuelle de quelques pièces qui donnent naissance à une nouvelle aile dans mon espace internautique personnel. L'aile est rehaussée de deux poèmes récents de l'artiste.

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    Tu dors
    Comme dort la nuit
    Avec des ombres
    Du silence
    Et des étoiles
    Sur la peau

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    Il est des alchimies
    Qui vous transforment
    Et font sauter tous
    Vos verrous
    Et d'un coup
    On se retrouve
    Volontairement
    En prison !
    Un bracelet au pied
    Dans une espèce
    De dépendance chaude
    Comme une pluie tropicale
    À laquelle on s'offre avec ferveur

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  • 01/25/18--06:47: I Comme Iran
  • I COMME IRAN

    de Sanaz Azari avec Behrouz Majidi

    Joaillerie et documentaire

    Les circonstances

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    Suzy Cohen, artiste judéo-marocaine qui elle aussi a connu l'exil, l'apprentissage des langues différentes, les vexations, les injures, avait attiré mon attention sur la qualité extra-ordinaire de ce documentaire de Sanaz Azari et de son interprète Behrouz Majidi, Iranien en exil que nous appelons affectueusement Mamali. Par la suite, grâce à l'intercession de Suzy Cohen, nous avons revu ce documentaire exceptionnel en compagnie de Christine Nicaise, l'artiste peintre qui était l'épouse de Mamali, hélas décédé récemment, de façon inopinée. Le drame de sa disparition a ébranlé Christine, il nous a, nous aussi, fortement atteints. Et nous regardons cette terrible absence comme des éleveurs d'Afrique sidérés et abasourdis cherchent un point d'eau et de vie soudainement disparu, anéanti. Mon propos, en chroniquant dans mon espace littéraire personnel, n'est pas réellement de "faire de la presse". Mon propos, c'est toujours, c'est d'abord de transmettre une vibration, un frisson, un bouleversement, un tressaillement, de mettre à portée de mon visiteur, ce qui m'émeut et me met en mouvement, ce qui sollicite, pour les grandir et les enrichir, mon âme, mon cœur, mon intelligence. Ce qui fait tinter la cloche de mon humanité. Ici, devant I comme Iran, devant la disparition de son acteur, devant le désastre dans lequel est jeté Christine Nicaise, ma vie tend les bras et prend tout ensemble, l'oeuvre, la tragédie, la détresse et retentit violemment à la fois comme un tocsin d'alerte et un bourdon de glas. Je frémis de l'écrire. Mamali avait acquis la nationalité belge, il venait d'échapper tout récemment à cette errance honteuse à quoi sont livrés les migrants qui fuient une réalité abjecte, à ce trou d'identité qui deviendra le scandale de notre siècle, quand il aura pris du recul face à son égoïste pusillanimité. Mamali respirait enfin. Sans doute, pourtant, la résistance, l'exode, la longue lutte, les épreuves répétées, les brimades, les procédés vexatoires ont-ils usé ce cœur ardent, courageux et exalté, ce coeur épris de justice et de liberté. Pourtant, I comme Iran,témoignage splendide et exceptionnel lieu de mémoire désormais, nous convie à voir Mamali à  l'oeuvre. Vivant, beau, convaincant, subtil, habité d'un feu captivant, sorti blessé d'une épreuve terrible. Le voir au-dessus du ressentiment personnel mais totalement investi, engagé dans une conscience politique ferme et courageuse, dans un combat au fleuret, à l'élégance, à la poésie, un combat qui prend racine dans la racine même des mots. Rien, peut-être, n'est plus efficace, dans la protestation ultime, que la position de cet enseignant qu'il incarne et dont il est la matière et l'essence. Cet enseignant providentiel fait naître de l'approche sensible, raisonnée, habile et perspicace des mots le halo magnifique de la liberté. "Mamali, me disait très judicieusement Suzy Cohen, a la même présence de dos que de face, et quand il efface le tableau, même ce geste anodin est chargé, métaphorique...c'est une force". Mamali est à l'écran ce qu'un ami qu'on aime, qui rayonne et en qui on a confiance est à la vie. Il témoigne là, avec une grâce philosophique et une inspiration poétique rares. "Et on comprend à travers ce film, me disait Suzy Cohen avec ferveur, tous les dégâts faits sur cette belle âme ... Il faut parler, ajoute-t-elle, de toutes ces langues qu'il emploie et qu'il a glanées sur le.chemin...". Oui, ce parcours pénible, harassant, dans le film, il le suggère. Si bien, si adroitement qu'on le lit en filigrane, Suzy Cohen a raison. Mamali est de ces hommes qui trouvent de l'or impalpable dans l'épreuve, des fruits savoureux dans le désert. Ses yeux considérables l'affirment. Sa dextérité intellectuelle le signale. Nous savons toutefois, avec Aragon et Brassens, "ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson, ... , ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare". Nous devinons, avec un effroi mêlé de compassion, l'énergie vitale qu'il aura dépensé au cours de ce long gravissement.

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    La réalisatrice Sanaz Azari

    Le pitch

    Nous sommes dans une classe. Un bureau, un tableau, un enseignant, une étudiante. Huis clos. L’étudiante (la réalisatrice, Sanaz Azari) a une connaissance orale de sa langue maternelle. Elle veut apprendre à la lire et à l'écrire. Pour l'assister dans cette voie (voix), un enseignant (Behrouz Majidi, notre Mamali). Son regard pétille d'intelligence. Il possède cette langue iranienne, le persan, et l'enseigne avec bienveillance. Une once de malice aussi. Il apprend à son élève la graphie, les notions élémentaires de la langue. Entre elle et lui, un dialogue plein de saveur, de savoir, d'écoute, de respect. Il ouvre son enseignement à l'histoire et à la culture de l'Iran. Il ajoute à l'enseignement strict la notion d'initiation. Il revient sur les mots immolés, pour cause de révolution islamique. Je laisse Suzy Cohen, exaltée et tellement impliquée, vous parler de Mamali évoquant le vin.  "Saroooob. Le vin. Mamali boit le mot, il s'en délecte. Ce mot, cet interdit désormais .Sa manière à lui de dire merde aux mollahs. À l hypocrisie qui tue." La révolution islamique a balayé le mot vin pour en fait un neutre nectar des anges, quelque chose de cette nature. Ce mot destitué, Mamali le fait sonner comme l'ivresse qu'il apporte, il l'enfle de souffle et d'ivresse.  "Naaan, le pain, poursuit Suzy au maximum de sa fièvre, le pain, le début de tout.. Le début de la lutte, c'est beau". Oui, pour apprendre le mot pain, Mamali prend l'exemple d'un père désargenté qui ne peut offrir de pain aux siens. Tout est imbriqué, la leçon de persan est aussi la leçon de vie. La leçon est aussi un questionnement d'une profondeur vertigineuse. Qu'est-ce qu'une révolution ? Qu'est-ce que la conscience d'un peuple ? Et de ce foisonnement de rectifications, d'interrogations, de mots et de vignettes pris de vertiges eux aussi, redistribués comme un imagier insidieux de Magritte avec une opportunité implacable, on voit se lever, fascinant et bienvenu, le corps presque transparent de la liberté. Geste blasphématoire et salvateur par excellence. Mamali continue invariablement, désormais, à affirmer son opposition à toute révolution qui, pour asseoir sa pérennité (relative), s'assoit sur la saveur, la complexité, sur la poésie, sur la liberté des mots et des idées. Je le salue comme un phare, avec respect et affection. J'écris ceci pour tous ceux qui l'aiment et pour le bonheur intime et lumineux que c'est de faire connaître à des inconnus un beau visage aimable. Digne d'être aimé.  

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    Mamali et Christine


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  • 01/25/18--06:50: Suzy Cohen
  • Les Chants du Monde de Suzy Cohen

    J’ai vécu comme une ombre

    Et pourtant j’ai su chanter le soleil.

    Paul Eluard

     

    Avec sa série consacrée aux Chants du monde, Suzy Cohen crée un grand ballet poétique, sémantique, étrange, esthétique de signes, de graphies, de lettres en état de danse, de pose hiératique, de fièvre. Elle recueille, orchestre, met en situation chorale et ballerine ce désir humain d’associer l’utilité de la communication, le geste de sa transcription, le sacré de la langue et le secours de l’art.

    Elle pose le chant dans le signe muet, elle entend le chant dans sa trace silencieuse, dans son élan graphique et manuel. C’est de l’âme du chant qu’il est ici question, de ces lettres qui, comme des conques, des coquillages pulvérisant la voix de la mer, portent en elles le chant du monde, sa culture, ses essences, ses cordes vocales et ses encres. Et dans un superbe élan métonymique, le signe entonne la chose signifiée. Il n’est pas étonnant ici, de trouver sous quelques lignes calligraphiques, comme une cédille, l’indice d’une partition musicale. Chants du monde.

    Dans ces Chants, Suzy Cohen réussit le prodige poétique de faire entendre le crissement de la plume, le frisson amoureux du papier, le frôlement du geste, la glissée mouillée du pinceau. La chorégraphie suggère les musiques qui la portent, les cultures, les accents, les vents, la lumière, les esprits, les odeurs, les dieux.

    Et ce sont, ces Chants, des déclinaisons de la poésie épique, un visage de la poésie elle-même. Poésie, écriture conviée à la plainte, au cri, au rire, à la danse, au chant.

    Cet ensemble nous dit aussi comment l’artiste, qui a sillonné le monde et pérégriné tout le long de son essieu, s’est montrée curieuse de lui et sensible à ses carats et comment, avec quelle délicatesse, avec quelle intensité, avec quelle vibration, avec quelle implication personnelle elle porte témoignage. Celle qui a frissonné s’acquitte en frissons. En systoles. Ces lettres font songer aux systoles, aux extrasystoles.

    Et ce qui chante ici, ce qui tinte, gronde et retentit, c’est certes  le monde, capté dans la singularité de ses accents, de ses gestes, dans ses représentations de la beauté, dans ses désirs de communication, de liberté, d’émancipation, mais c’est aussi Suzy Cohen elle-même, émue, charmée, impliquée, ensorcelée et qui restitue dans un langage graphique des échos et des traductions personnels  Et la voix de ses envoûtements, de ses déceptions, de ses illuminations va se lover dans les tressaillements des signes, dans leurs torsions, dans leurs assemblages étranges et fascinants, dans leurs recompositions, à l’instar d’un musicien cherchant à intégrer dans son œuvre l’âme même de son folklore natal ou d’une griffe musicale séduisante découverte en voyage. Ces chants sont alors la restitution personnelle, artistique, au terme d’une sorte de gestation alchimique, d’une traversée active parmi les caractères enflés de savoirs, de saveurs, d’histoires, de sangs et de croyances.

    Dans tous ces chants, avec des parties d’eux tous, Suzy Cohen ourdit un chant personnel  et universel, un chant qui plaide pour la pluralité, la différence, un chant qui désire les rencontres, les métissages, le respect, un chant qui dit les croisements, les emmêlements, un chant qui sert chacun et l’idée grandiose du tous.

    Ici, ce n’est pas l’espéranto, rien n’est gommé dans le but d’uniformiser un véhicule langagier, ici, c’est la rencontre, en un chœur formidable, sonore et mélodique, de tous les poumons et de toutes les voix du monde.

    Ce chant de Suzy Cohen, rencontre de voix distinctes qui forment chœur, me semble présenter une analogie avec le poème tel que René Char le définit : le poème est l’amour réalisé du désir demeuré désir. Le chant est ici le mariage réalisé des différences demeurées différences.

    En ces temps de déchirement, de rejets, d’affrontement, d’intolérance, cette rencontre harmonique des différences et des parentés, au demeurant, me semble aussi un formidable plaidoyer humaniste.

    A ce chant, Suzy Cohen n’oublie pas d’associer, comme un acte de résistance à toute espèce de candeur, comme un intraitable coup de lucidité, la délicieuse et douloureuse esquisse de cette journaliste indienne sacrifiée. Elle évoque la reconnaissance de la langue de la minorité berbère, elle jette sur la page les pétales bariolés d’une envolée de masques africains – et c’est fulgurant de beauté !,  elle opère sur le cuir vivant, elle sème les traces de sa propre histoire, elle fixe une caravane dans la nuit rouge, lettrée, étoilée, semée d’or du désert. Le désert est un lieu qui l’inspire, qui la hante, qui la mobilise, un lieu qui, contrairement à ses acceptions, lui semble habité et envoûtant, fécond et lyrique.   

    L’angélisme n’est pas la marque de Suzy Cohen, Juive et Marocaine, c’est-à-dire deux fois appelée à la clairvoyance.

    Un coffret vitré s’intitule La Fin du voyage.  Qu’y a-t-il à la fin du voyage, selon Suzy Cohen ? Un trésor ? Des sacs d’épices ? Des liasses ?  Des pépites ? Des balles de thé ? Non, pas du tout. Il y a une paire de lunettes, deux plumes métalliques pour écrire, deux déchirures de papier écrit, un sceau. Art poétique de l’artiste. Voir, transcrire, signer. Au bout du voyag, porter témoignage.

    Il y a, pour légender une magnifique œuvre graphique ornée du collage d’un feuillet manuscrit (mise en abyme étourdissante de la lettre dans la lettre, avec un beau jeu d’acceptions) un titrage merveilleux sous la forme d’un proverbe talmudique : Ne demande jamais ton chemin, tu risquerais de ne pas te perdre.

    Il y a, posée parmi les vers manuscrits, sertie, enchatonnée en eux , coiffée d’une feuille d’or, la Femme Noire de Léopold Sédar Senghor, majestueuse, ample, en volupté.

    Parmi ces raffinements et ses fastes graphiques, ces livres de prières, ces drapeaux de prières, ces corans somptueux, ces pétales d’or, on voit passer, voûtée, accrochée à son bâton, belle et terrible, l’œil blanc, la Mendiante de Zanzibar que semble hâler un chien malingre. Elle est, selon Suzy Cohen, une figure de la beauté. Elle est précieusement recueillie parmi les signes, les chants.

    Autre joyau du recueil, le bouleversant portrait d’une Petite Fille Akha qui a réalisé sa magnifique coiffe et qui affiche, comme une déclaration poétique, la splendeur de ses yeux bleus et de sa bouche rouge. Voilà encore, selon Suzy Cohen, où vivent les œuvres, où se blottit la grâce. C’est ainsi que les filles fleurissent.

    Techniquement, avec son Effervescence chinoise, son Artisanat dans le chaos, sa Fibule berbère, ou sesFulgurances de l’Inde, pour ne nommer que quelques œuvres, l’artiste porte le collage, qu’elle exploite beaucoup dans cette aventure des Chants, à un état de supérieure efficace, à un formidable qualité d’enchâssement dans les encres, les brous, les formes, les signes.

    Je voudrais enfin rendre justice à ces jeux d’ombres, de dentelles, de fantômes, d’auréoles, de bas-reliefs, de halos obtenus, après des manipulations savantes du papier mûrier,  avec un tampon à ornements acquis en Inde. Le vertige est assuré.

    Inventive, ingénieuse, poétique, singulière, magique, humaniste, frémissante, l’aventure des Chants du Monde de Suzy Cohen compose un étourdissant et vivant chant des signes, une hallucinante danse de la parole, une vision belle, clairvoyante et volontaire du monde qui s’évertue à se dire et à se raconter.

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  • 01/25/18--06:56: Denys-Louis Colaux
  • Je hais les poètes  (vivants) !suivi de "Circus"

    Denys-Louis Colaux

    MaelstrÖm Editions, 2003 - (Extraits) - Photo : Jacky Lepage

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    Juste avant d'expirer, je deviendrai un Esquimau.

    L'étable répudierait un bouc qui sent l'homme.

    En revenant de la chasse aux autruches, j'ai été grièvement mollesté par un colibri.

    Pendant l'averse, le lac songe : "Nous avons de la visite".

    La couronne mortuaire évoque toujours en moi l'idée d'une bouée de sauvetage un peu tardive

    Quand la putain est en congé, le client ne couche pas avec l'innocence.

    Dans l'espace qui sépare le désir de la volupté, on devrait pouvoir élever une cathédrale.

    Il y a toujours une lampe d'autel entre les jambes d'une femme.

    La misogynie, c'est l'hygiène des gens très sales.

    Quand Josiane s'assoit sur l'éternel féminin, on ne voit plus que Josiane.

    J'ai l'intuition que l'or du temps est marqué à l'effigie de la femme.

    Voilà ce qu'il y a de foncièrement drôle ; quand nous partons, il n'y a guère que le chien de la maison pour nous escorter jusqu'à la grille.

    J'entends un type qui hurle : "Que Dieu sauve la reine !" Je me récrie : " Pas d'accord, c'est tout le monde ou personne"

    La femme s'entend à compliquer nos relations avec l'impassibilité.

    On fait bien de se méfier de Dieu, à qui on ne connaît pas d'amis.

    Trop peu de muses savent boire au goulot.

    Les poètes achèvent d'épouvanter la poésie.

    En Belgique, tous les poètes sont alpinistes.

    Ecrire un poème, verser un doigt de porto dans la nuit.


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    Trajectoire des agnelles

    transcription de rêves

    Photographies : Philippe Bousseau - Textes : Denys-Louis Colaux

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    1.

    Sur la ligne tremblée de l'horizon 
    à l'aurore boréale de ma vie
    je voyais passer
    -longs glissements d'agnelles emmitouflées de halos - 
    de grandes femmes blanches
    hauts totems souples et flottés
    fantômes, eût-on dit, tractant des nuages
    des voilures de goélettes
    des levées de poussière
    et l'épouvantail de la mort
    avec ses ailes ouvertes d'albatros baudelairien
     
    oui la mort à mes trousses
    comme une catapulte vers la vie
    et la certitude d'un siège
    sur les gradins du vide
     
    2.
     
    J'avais
    pour me désorienter
    la boussole rouge de sa bouche
    pour lire mon destin
    pour réapprendre le silence
    les hiéroglyphes nerveux de ses yeux
    J'avais
    pour border ma nuit blanche
    la neige et le charbon de son visage
     
    3.
     
    J'entrais dans mon automne
    dans la forêt profonde et nue
    dans la ferveur intérieure
    dans la toile fauve de mon âge
    ainsi
    en passant dans le livre
    de ses cheveux noirs
    cette main
    qu'un long poème venait d'éxténuer
     
    4.
     
    Ainsi
    dans l'exaucement de mon angoisse secrète
    dans l'extinction de mon voeu avoué
    voici qu'elle danse et meurt
    renaît sans cesse de ses sangles
    voici qu'elle envoûte les anges tombés à ses pieds
    se vêt des volutes de ses encens
    nage dans les auges du ciel
    mord des fruits dont l'élan rouge
    verse sur sa langue
    l'essence des choses de l'amour

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  • 01/25/18--07:05: Jean-Jacques Piezanowski
  •  

    Jean-Jacques

    PIEZANOWSKI

    Sur son blog, le peintre se présente ainsi :

    Peintre contemporain à l’expressionnisme figuratif, J.J. Piezanowski sonde l’âme humaine et la marque du temps qui passe dans le traitement de ses séries de portraits. Dans son approche acrylique, les visages apparaissent déstructurés, les couleurs contrastées, cernées comme les stigmates de la vie. Mais derrière le mystère de ses regards se dégagent toujours une douceur et une beauté intérieure. Les yeux de ses personnages veulent prendre vie comme autant d’étincelles d’espoir.Ses encres épurées tentent de figer une expression ou une émotion dans la spontanéité du geste, limpide, unique.

    En décalage avec cet univers, les titres amènent une légèreté, une pointe de poésie et d’humour, seuls remparts à cet univers parfois violent. Comme la vie !

     

    De notre côté : 

    Piezanowski est un peintre français né en 1952. C’est un artiste qui a du tempérament, du coffre, de la vigueur, de la finesse aussi, de la délicatesse, un artiste qui rend par le tumulte du trait, la composition de l’œuvre et les (o)rages de la couleur les accidents de la vie, les grands chiffonnements de l’être et de sa ligne de chance, les froissements de l’âme, ses difformités. Un artiste qui représente et traduit les tourments, les désarrois de l’homme mais aussi l’entêtement de l’orgueil humain, la force de son regard, sa volonté. Tantôt, dans ses esquisses, il prélève avec grâce une essence de l’être, tantôt, dans l’œuvre peint, il entre dans la matière, le tourment de l’être, sa forge intérieure. Mais au final, je vois un être doué qui regarde l’homme avec un humanisme lucide, qui le regarde sans mépris et sans dépit dans la multiplicité de ses états. Je vois quelqu’un qui accumule les visages pour le
    bâtiment d’une immense mosaïque humaine, une chaîne sismique qui dit la vie farouche, belle, congestionnée, tragique, fracturée, paisible et foudroyée. Un art qui dit la grâce, la convulsion, les morcellements, l’unité et les érosions de l’être. Mais je vois aussi, dans l’expressionniste qui rend le bouillonnement intérieur de l’être, un ardent coloriste, un type qui sait composer, harmoniser les courbes, équilibrer les masses, donner à voir quelque chose qui tient, qui se pose là, avec la puissance d’une nouvelle évidence, d’une évidence insoupçonnée. Je vois un artiste qui met l’ardeur en forme de telle façon qu’elle nous dévisage, nous défie ou entre en complicité avec nous, de telle façon qu’elle balaie l’indifférence d’un revers de pinceau. Dès qu’on entrevoit une œuvre de Piezanowski, il y a face-à-face, il y a rencontre et dialogue.  Je vois encore, dans une geste picturale qui me conquiert et m’émeut, dans une quête d’une formidable cohérence, un artiste qui tient du forgeron et de l’esthète, de l’hercule et du couturier, du vitrailliste et du tailleur de pierre, de l’orfèvre et du chirurgien pour gueules cassées. Mais l’œuvre est essentiellement éruptive, foisonnante, elle rend ce magma de l’être sur quoi le spéléologue de l’âme et de ses gouffres, l’artiste dans la double quête de l’essence et de la substance finit par mettre la main. Il y a pourtant dans cette peinture une rencontre heureuse entre l’instinct et la pensée. Il y a parfois chez cet
    expressionniste, avec la violence des impulsions, une assez inédite impression de nuance, de subtilité, d’élégance. Je vois enfin un artiste qui me parle dignement de l’être dans un langage sensible, complexe, puissant, enlevé, fiévreux, je vois, au travers de son œuvre, la flamme de l’être, sa flamme pourpre et bleue et rouge, sa flamme menacée, sa flamme de sang, de ciel et de mer, sa flamme de viscères, je la vois se tordre, vaciller, éclairer, consumer la vie, lever sa fragile et volontaire langue de lumière et sa torche d’ombre, le soleil noir de sa mélancolie.

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  • 01/25/18--07:12: Enrico Robusti
  • Maestro ROBUSTI

    Formidables miroirs assassins

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    Un maître italien contemporain nous regarde dans les yeux. Son regard insoutenable et magistral nous vaut une extraordinaire galerie de l’espèce humaine, de ses trognes, de ses sinistres cinoches, de ses pompes, de ses œuvres et de sa plantureuse misère. L’art nous fixe de grands rendez-vous. En voici un.

    Enrico Robusti est un grand peintre italien né à Parme en 1957. Bon sang, il me semble que je puis en dire davantage, crânement entamer la copie sur les chapeaux de roue : dites, voilà, je vous le certifie, un peintre exceptionnel. Un type d’une envergure considérable. Un homme qui a une geste artistique, une signature, un univers. Voilà un artiste qui déploie, pour montrer la difformité du genre, des trésors de maîtrise et d’excellence.

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    Voilà, au travers du maestro parmesan, le monde rendu dans son immense déséquilibre, décentré, aspiré, secoué. Voilà le monde dans sa torsion, le monde « tordu ». Rupture d’équerre. Vertige. Houle de travers. Force de l’attraction revue et corrigée. La mise en espace elle-même interpelle, saisit, dérange, inquiète. Robusti est un type inquiétant. Un artiste qui n’inquiète pas, il vaut mieux qu’il dégage. Robusti va rester. L’œuvre est édifiante. Vous saute furieusement aux yeux, vous prend brutalement à la gorge. Sévère attrapade, distribution de giroflées à cinq feuilles, on va voir que c’est du sévère. Il n’est pas exclu qu’on rie, il est exclu qu’on sorte indemne de la galerie. L’enfer, c’est nous autres.

    Il a de très solides ancrages, dirait-on, le talentueux Italien, c’est un lointain et libre descendant de Hieronymus Bosch et de Pieter Brueghel, de Goya, d’Honoré Daumier, c’est un parent éloigné des glorieux « dégénérés » allemands (ces gens-là étaient prodigieusement sains, insupportablement sains devant la gangrène nazie) comme l’immense Otto Dix ou le grand George Grosz, c’est un homme de l’exacerbation, c’est le peintre de la démangeaison d’être, du prurit existentiel, un maître de l’exorbitant  carnaval humain, du faramineux cirque humain. Il y a des citations dans l’œuvre, des éléments qui lie intimement l’artiste à l’histoire de son art.

    Robusti est un peu là pour secouer, comme un cocotier, le socle, le juchoir sur lequel nous nous croyons appelés à nous percher. Il sait les rendre, les trousser, les magistralement torcher, les appétits incontrôlés, la quête inaboutie, avortée du grand sérieux, les voracités fameuses et les phénoménaux vertiges d’être, les gloutonneries et les grimaces extatiques. Il y a du fellinien en lui, de l’outrance efficace, de l’excès pertinent. Il va à sa vérité par la voie de l’excès. Je le juge toujours perspicace, clairvoyant, formidablement démesuré. Il passe la mesure comme un indomptable Pégase saute l’obstacle. Prouesse. Ce n’est pas tout d’être méchant, il faut encore avoir la manière. Elle est là, classieuse en diable, époustouflante.

    Il rend comme pas deux le sourire carnassier, effrayant, les soupes de grimaces, les tics, les contractions, la totale absence de paix et de sérénité, la torturante angoisse, les convulsions du vide ou de l’abrutissement, les tenailles de l’intranquillité, les électricités affolantes du désir, les affreuses et grotesques stratégies du désir de paraître et d’en imposer. Il grossit à la loupe déformante de son talent unique les simagrées de frime et d’esbroufe, les pavanes de la basse-cour humaine. Il fait le portait de l’invalidité tourmentée de l’être. Voilà l’homme tel qu’il se démène dans sa trop étroite, dans sa contraignante camisole d’humanité. Ce n’est pas une chrysalide et malgré tous les effarants et hilarants efforts que l’être accomplit pour s’en extraire, il y reste définitivement pris. Robusti nous livre l’homme tel qu’il est emprisonné dans sa très prétentieuse exigüité. Oui, le grotesque de l’humanité trouve ici un de ses talentueux observateurs, un de ses féroces contempteurs.

    Le maestro Robusti est intraitable. Il associe, comme c’est le cas dans la vraie vie, dans la rue, sous les toits, dans les chambres, partout, réalisme et caricature, mais il élève la température du mélange, il le porte à ébullition, sans ménagement. Il est le peintre de l’ironie, celui qui fait peser sur toute trace d’humanité l’insoutenable, le dévastateur regard de l’ironie. Féroce, désopilante, démoralisante, exaltante, l’œuvre de Robusti déshabille l’être de ses prétentions exorbitantes et le laisse risible, ridicule, fragile ou insignifiant  dans un monde instable où les lois de la pesanteur sont sujettes à d’étranges originalités. L’être est incapable de se dominer, il vit dans un espace qui lui échappe. Autre chose que l’homme maître du monde, autre chose que l’affabulation de l’homme souverain,  une autre fable, autrement dérangeante, singulièrement moins glorieuse, foutrement plus vraisemblable !

    Le rassurant verni du tragique est décapé et fait place aux singeries de la comédie humaine, aux répertoires de grimaces du zoo humain, de la termitière humaine. L’œuvre nous renvoie à notre laideur, à nos médiocrités, elle nous impose sans fard et sans précaution une relation spéculaire délibérément désagréable, déstabilisante, désastreuse. Oui, désastre, nos astres s’écrasent au sol comme des fruits blets.

    C’est du pamphlet pictural très haut de gamme. L’homme ici, dans l’œuvre, est un homme pour l’homme, sommet de l’abjection, puits sans fond de la bassesse. Je l’avais dit, ça avoine sec.

    Tiens, tout de même, un personnage qui pleure. Kitsch émotionnel ? Sûrement pas, il tranche des oignons ! Il n’y a, décidément, guère de compassion dans l’œuvre. Même si l’on comprend qu’elle s’origine tout entière dans un intérêt immodéré pour l’espèce.

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    On a peu dit, en écrivant cela. Et mon but, dans mes petites rubriques exaltées, n’est jamais de circonscrire une œuvre mais de susciter chez le visiteur un peu de cet intérêt que j’ai pris à découvrir l’artiste. Fourrer dans sa tête de badaud le germe de la curiosité. Et chez Robusti, on fera remarquer la connaissance et la possession de son art (il s’est consacré, durant ses études, à l’étude des techniques picturales du XVIIème siècle),  l’essentielle et fascinante maîtrise technique et picturale, l’art inaccoutumé des angles de vue et de la mise en scène, et son étonnante exigence esthétique. Un art magistral qui démultiplie tous les effets et la virulence des propos. Personne, pour dire la laideur, n’est pertinent comme un esthète. Pour en découvrir davantage sur l'artiste, consultez les liens suivants.  

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  • 01/25/18--08:12: Denys-Louis Colaux
  • DENYS-LOUIS COLAUX


    maelstrÖm éditions

    Né en 1959, père de quatre enfants, romancier, nouvelliste, poète. Il a reçu quelques prix (dont deux de l’Académie Royale de Belgique : le Prix Polak en 1995 et le Prix de Wever en 1998) et un autocuiseur pour son anniversaire en 1999. En 2002 il a publié L’Arbre d’Apollon(éd. Maelström/Images d’Yvoires), un thriller métaphysique captivant, coécrit avec Otto Ganz et une hagiographie remarquable de Nelly Kaplan Portrait d’une Flibustière (éd. Dreamland). Denys-Louis Colaux livre avec  « Je hais les poètes (vivants) ! » suivi de « Circus » un cocktail Molotov de compositions lapidaires agrémenté d’une pièce de théâtre pataphysique. L’ouvrage comble enfin l’espace en friche qui séparait le tragique braiement de l’âne de Buridan du retentissant hennissement de Pégase.

    http://www.maelstromreevolution.org/pages/FRA/autori_Denys-Louis_Colaux.asp

    L’ARBRE D’APOLLON

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    de Denys-Louis Colaux & Otto Ganz

    Prix: 14,00 €

    Description:
    L’Arbre d’Apollon « c’est l’arbre à Lorie, l’étrange inhumée qui joue les Antigone et renoue l’une à l’autre les vies bien huilées de Man et de Bob. Ça commence par une correspondance quelque peu contrainte, puis se poursuit par une narration alternée où se dessine l’inéluctable. Non pas le drame pathétique, mais les lignes d’un destin qui, de la banalité de deux existences à leurs rebondissements les plus rocambolesques, n’échappe pas à son point de départ : l’ardoise, qu’on la retourne ou qu’on l’efface, est toujours la même » (Geneviève Hauzeur). L’amour, la mort et la mystérieuse réapparition d’une femme poussent deux amis que désormais tout sépare à s’écrire à nouveau et à se revoir. Une danse autour de la folie. Un thriller métaphysique aux parfums des meilleurs films de David Lynch. Un texte argotiquement décalé et envoûtant comme un requiem.

     

    Auteur: Denys-Louis Colaux & Otto Ganz

    Pages: 124 pp

    ISBN Maelström: 2-930355-03-4

    Format: 14x21 cm

    Genre: Roman

    JE HAIS LES POÈTES (VIVANTS)!

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    de Denys-Louis Colaux
    Prix: 
    14,00 €

    Description:
    Quel est cet étrange poète qui hait les poètes, même « vivants » ?
    Quel savant fou de la langue ou briseur de rêves pataphysiques se cache derrière ces moustaches abondantes d’ardennais converti à l’aphorisme et à l’apophtegme ? 
    « Ce que je détecte le moins, dans un flic, c’est le métaphysicien » nous dit l’auteur pour couper court à tout interrogatoire. Mais est-ce bien le même auteur qui nous a livré en 2002 cette superbe biographie de Nelly Kaplan (éd. Dreamland) ? Oui ! A lire aux 3ème, 4ème voire 10ème degré !!!

     

    Auteur: Denys-Louis Colaux

     

    Pages: 160 pp.

    ISBN Maelström: 2-930355- 14- X

    Format: 14x21 cm

    Genre: Théâtre et aphorisme

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    DENYS-LOUIS COLAUX

    L’ARBRE À PAROLES

    http://maisondelapoesie.com/index.php?page=un-tailleur-d-allumettes---denys-louis-colaux 

    Un tailleur d’allumettes

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    ISBN : 978-2-87406-457-9
    Nombre de pages : 108
    Parution : 2009
    Auteur : Denys-Louis Colaux
    Titre : un tailleur d'allumettes
    Collection : L'Arbre à paroles
    Format : 13 X 20
    Prix : 12 € (frais d'envoi inclus)

     

    Le Livre :

     

    Si vous avez l’air de grands cochons devant l’aube ; si vous brûlez au graal affolé du soleil, si encore vous rêvez à la poésie comme à la force des écluses ou si vous êtes toujours en pourparlers avec la parole… si vous vous sentez éternel parce que vous répétez la disparition, c’est que vous acceptez d’être du petit nombre de ceux qui ne sont pas élus, car vous vous détenez vous-même.

    « Souriez, vous êtes vus », prévient l’auteur. Sardonique et savoureuse, la poésie de D-L Colaux est comme le shampoing chauve et le passage admirable de la femme : flagrante. (Guy Léga)

     

    Extraits

     

    Tout est vrai

     

    La poésie est ma maison

    bien que je n’en possède pas la clé

    mon bungalow aux cents rideaux tirés

    ma caravane de quatre boussoles

     

    La baleine d’eau douce qui m’héberge et porte à son front

    fiché comme un harpon

    le pavillon noir que je n’ai pas baissé

    mais dont j’ai quelquefois

    rapiécé l’étoffe

     

    C’est ma coquille de petit prophète

    mon bouge où les fautes font fête

    c’est le cloître de mon harem

     

    LE FILS DU SOIR

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    Les Epéronniers,  1998

    La maman est la putain

    « Maman était putain à L'Etole d'Aragne, au 5 de la rue des Martyrs, à Bordeau. On vi­vait dans un trois-pièces, au troisième étage de l'Etole. On vendait les œufs de saumon pour du caviar, on sablait lecidre, on se soi­gnait de tout à l'aspirine. Maman avait cou­tume de dire et répéter, avec toujours le même sourire en coin : — Je crèche sur mon lieu de travail. » Ces premières lignes du deuxième roman de Denys-Louis Colaux, auteur surtout connu comme poète1contiennent presque tout le livre qu'on va lire. Grâce à elles, on sait que nous sommes dans une ville imaginaire (Bordeau, sans Xfinal), on connaît le niveau social (mé­diocre) de la famille et le métier de la mère. On comprend aussi que l'on va découvrir la vie dans l'appartement et visiter les trois étages au travers du regard de l'enfant. Ce projet est respecté en tout point, dans une écriture poétique qui tente, de toute évidence, de sculpter de la beauté à partir d'un sujet qui, originellement, n'a rien d'évidemment beau. Et de nous rappeler que la poésie ne naît pas d'un sujet, d'un décor mais bien de la langue et de ses effets ; que des bijoux peuvent naître de la boue. Outre son projet poétique, l'intérêt du livre provient de la manière dont l'enfant porte son regard et dont il interprète ce que son œil enregistre. Comme ces jeunes garçonsqui peuvent circuler librement dans les ham­mams des femmes au Maroc, qui voient celles-ci dans une intimité comme rarement dans la vie d'un homme, l'enfant est le roi de cet immeuble où l'amour se monnaie. Mais il n'est pas toute innocence, puisque, s'il observe la vie quotidienne, dominicale, les allées et venues des un(e)s etdes autres, il zieute régulièrement, par le trou de la ser­rure, sa mère en train de faire l'amour. Et nous de voir la scène avec des yeux que l'on n'a plus, que l'on n'a jamais eus peut-être : « J'allais souvent (...) voir Maman à la be­sogne. Je collais mon œil tout près. Ô pas de violon ! Maman s'agenouillait devant les hommes et elle gobait leur sexe. Ça je l'ai vu. C'était farce. Elle ressemblait alors à un en­fant qui s'allaitait à une étrange mamelle. Je ne savais pas ce qui commandait le mouve­ment de sa tête, ce mouvement qui se répé­tait inlassablement comme si Maman se ber­çait. Comme si Maman, du front, donnait dans le nombril de l'homme. C'était uneMaman à bascule. » S'il épiait ainsi les corps en action, les corps en dimension réduite, c'était « pour achever l'œuvre de la trahison. Je regardais pour rire. Pour voir tourner le lait. Je regardais pour me séparer. » Ce qui arrivera de toute façon puisque la mère mourra, sous un client, comme cela peut survenir dans ce métier. Cela fait partie des risques, si on a le cœur fragile. Même si d'habitude, on connaît plutôt des anecdotes concernant des hommes (même des prési­dents) morts d'une crise cardiaque dans ces endroits où les femmes donnent leur vie, leur corps, leur âme à la putasserie.

    Michel Zumkir

    1. Denys-Louis Colaux a notamment reçulePrix Emile Polack 1995 de l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique. Les Eperonniers sortent en même temps que ce roman un recueil de poèmes intitulé Le galop de l'hippocampe, un recueil truffé d'animaux et qui dit, entre autres, l'amour porté à la femme, peut-être parce que « Grande est la pénurie de ce siècle/ en poèmes d'amour ».

    PRIX SOREL

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    Denys-Louis Colaux. Prix Sorel. Pamphlet romanesque. Les Eperonniers. 2000. Un volume 12,5x19 cm. broché de 271 pages

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    DENYS-LOUIS COLAUX

    http://www.editionsducygne.com/editions-du-cygne-anonymes.html

    Anonymes

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    Nouvelles   ISBN : 978-2-84924-083-0   14 x 21 cm   136 pages   15,00 €

    Don Quichotte est un possible de Sancho Pança comme le valet l’est de son maître. C’est alentour de cette hypothèse carnavalesque que sont écrites les nouvelles de ce recueil. Vingt-huit nouvelles qui, chacune, suscitent leur double où le même épisode est repris mais selon un autre éclairage qui en révèle une face ignorée, une phase antérieure ou une lointaine variation. Ce second tour de piste rappelle qu’entre l’héroïsme et la bouffonnerie la distinction est souvent indécidable, aussi indécise et capricieuse que, en nous, la trame de l’oubli et de la mémoire. Cet exercice de dédoublement ose le pari de transgresser le code de la nouvelle, « cet art de la clôture ». Pari tenu : la maîtrise narrative est étonnante et ce, sans jamais donner l’impression d’un exercice oulipien. Il faut dire que les moments ici brossés le sont avec ce mélange de drôlerie et d’amertume qui est la signature de la vraie tendresse, celle qui ne se dupe ni ne condamne. (René BOHET)

    Portrait d’une Flibustière, Nelly Kaplan

    Dreamland Editeur, Paris, 2002

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    « J'ai mon panthéon privé, quelque chose d'assez chic où tombent, vers les moelleux divans, d'épais velours cramoisis. Celle dont je parlerai aujourd'hui - Nelly Kaplan, la Flibustière, mon héroïne - était annoncée par le poète athénien Aristophane dans une éblouissante prémonition. Il n'est point de bête indomptable : nulle panthère, n'est à ce point effrontée ! » Fasciné par l'œuvre  cinématographique et littéraire de Nelly Kaplan, admirateur fervent de La Fiancée du Pirate qui, affirme-t-il, modifia radicalement sa vision de la femme et du cinéma, Denys-Louis Colaux compose ici une étonnante "stylographie" de la Flibustière, analysant avec subtilité l'oeuvre dérangeante et la personnalité de cette étrange comète plus connue sous le nom de Nelly Kaplan. Passant en revue les films, les scénarios, les romans, les nouvelles, les poèmes, et débusquant avec humour les facettes cachées dans le prisme de cette créatrice singulière, le poète Denys-Louis Colaux instaure avec ce Portrait d'une Flibustière, une manière flamboyante d'envisager l'art de la biographie.

    La Sirène originelle

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    La Sirène originelle - 17 nouvelles - 15 € - Atelier de l'agneau éditeur - France - atagneau@wanadoo.fr

    (Le Carnet et les Instants - n°174 - Décembre 2012-Janvier 2013)

    http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=DMF20121103_00226835 

    SCHLASS

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    Les Eperonniers, 244 pages

    Denys-Louis COLAUX– Schlass - Les Éperonniers - coll. Maintenant plus que jamais – 1999 - 255 p

    Denys-Louis Colaux, brut et précieux

    HAUBRUGE,PASCALE – Le Soir - Lundi 15 novembre 1999 

    Quant à lui né dans la province de Namur, en 1959, Denys- Louis Colaux a déjà fait parler de lui, et ravi plus d'un lecteur, notamment avec son roman «Le fils du soir». Egalement poète, cet auteur de première force a l'art de percer l'os des vies et d'en livrer la moelle en quelques mots et images. Parlant tout à la fois beau et brut, dur et tendre, il écrit magnifiquement le goût clair qu'ont parfois les larmes, les petites beautés qui courent les rues, l'histoire de gens qui nous ressemblent toujours un peu. Aujourd'hui nouvelliste au gré des récits de «Schlass», il approche le réel, l'amour, la mort, les filles, la poésie. Balzac et Rimbaud font parler d'eux dans ses lignes, mais au même tire que le fossoyeur, le fêtard tendre, la journaliste locale, le pseudo-grand auteur en tournée de promotion, le géomètre amoureux ou le licencié fou de Dieu. L'auteur reprend pour cadre de ses nouvelle le Bordeau sans «x» qui était déjà la ville dans laquelle se déroulait son «Fils du soir». On y rencontre des gens comme ils sont, de simples bougres à la vie pas forcément dure mais tout de même... Rien de banal cependant, ou alors du banal qui prendrait des couleurs grâce à une écriture superbe, et à un regard d'auteur. Denys-Louis Colaux raconte les plis, les erreurs de parcours, les mauvaises distributions des rôles, toutes ces choses qui se mettent entre nous et nous et qui empêchent d'entrer des deux pieds dans le monde. Il écrit aussi comme la vie est belle quand on lui dit oui.

    Pas de rhétorique qui vaille. L'écrivain abrège les douleurs comme les beautés en de petites phrases claires et fortes, noires et précieuses, avec clins d'oeil à la matière brute du langage. Il est du genre à faire songer au narrateur d'une de ses nouvelles, en train de rédiger son testament: Il suffit de vouloir faire le point pour s'apercevoir qu'on part en avaries, qu'on se possède comme un tonneau des Danaïdes. Il suffit de vouloir laisser quelque chose pour d'un seul coup ne plus rien trouver de durable dans le fourbi des babioles.Et aussi, ailleurs: Je voyais, au travers de mes grosses larmes, passer les anges. Ces petites volailles du Bon Dieu, je me les suis gardées par-devers moi. Il ne faudrait pas passer à côté de cet auteur-là.

    De bonnes nouvelles

    Laurent Demoulin – Le Carnet et les instants – Promotion des Lettres

    Schlass est un recueil de neuf textes s'addi­tionnant parfaitement au point de créer un ensemble cohérent. L'auteur déclare d'ail­leurs au dos du livre avoir voulu écrire « une comédie humaine de poche». Pourtant, la grande unité du recueil ne doit pas grand chose à Balzac : il n'est pas question ici de recréer une société entière en superposant ses différentes strates de texte en texte. Il s'agit plutôt d'une galerie de portraits mas­culins qui se répondent de deux façons. D'abord au niveau du thème : chacun d'eux traite des rapports entre l'homme et la femme. Ensuite, par les vertus du style. Le thème des rapports entre l'homme et la femme est abordé chaque fois de manière très différente : observation réciproque, nuit d'amour, regard de l'élève sur son pro­fesseur qui s'emporte, brutalité de celui qui défend sa bien aimée, déception, deuil, ren­contres. Tous les personnages parlent à la première personne, sauf un : et il est sans doute significatif que seul celui-là soit clai­rement misogyne. Les autres oscillent entre la démystification de la femme et la ten­dresse. Ils découvrent que celle-ci n'est après tout qu'un être de chair imparfait, mais cette découverte, loin d'entraîner une déception, les fait aimer davantage. Ainsi, nombre de descriptions cruelles se transfor­ment en déclaration d'affection. La nou­velle la plus exemplaire à cet égard s'appelle «Le fossoyeur». Une belle jeune fille éthérée et gracieuse vient à mourir trop tôt en plein été et sa dépouille, sous la tombe, dé­gage une odeur si violente que tout le monde la fuit, sauf le fossoyeur que cette pestilence inconvenante émeut au dernier degré. Enfin, dans ce recueil, le style joue un très grand rôle. Le ton adopté par Denys-Louis Colaux ici n'a rien à voir avec celui de ses poèmes et si je devais le qualifier en un mot, je dirais qu'il est célinien. Célinien parce qu'il adopte certains tours oraux que réprouverait Grevisse («Où qu'elles sont») et parce qu'il n'a pas peur des répétitions de mots ou de structures qui feraient crier un classique. Célinienne aussi l'amplitude du texte qui n'hésite pas à multiplier les méta­phores pour désigner une seule réalité (par exemple les sensations de l'amour). Céli­nienne la richesse incroyable du vocabu­laire. Mais, alors que le vieil antisémite de Meudon excellait dans l'expression de la haine ou dans la peinture de la misère, Colaux détourne au dernier moment ce que sa verve pourrait avoir de dévastateur pour laisser une place à la tendresse et à la paix. Par ailleurs, à ce style est lié le rythme du texte : durant plusieurs pages, l'accumula­tion des métaphores ralentit le récit puis, soudain, une chute éclaire la situation dé­crite ou permet d'en sortir. Et ce rythme-là, seules des nouvelles pouvaient l'épouser d'aussi près.


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  • 01/25/18--08:15: Bousseau-Colaux
  • Photographies : Philippe Bousseau - Poèmes : Denys-Louis Colaux

    LA LANGOUREUSE

    Paisible
    chandelle alanguie
    dans le lait épais de sa cire
    elle vaquait
    à ses langueurs
    immergeant sa main blanche
    au lent alizé tiède
    qui doublait le cap de sa nuque

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     LA DÉLICATE

    D'un doigt de buveuse de thé
    elle lisse et caresse
    le flot défait de ses étoffes
    et chacun de ses gestes
    soigne et achève
    les gerbes de sa pose

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  • 01/25/18--08:19: Poèmes inédits
  • LE LAIT ET LE NOYAU DES ÉTOILES

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    Je suis là
    où la couleur se tait
    presque
     
    Là où elle
    se fait voile d'absence
    se panse dans son aile
    se dilue dans l'eau de son aube
     
    je suis là
    où la couleur fait silence
    comme assoupi un soleil pâle
    dans la pâte de sa toile
    un astre blanc posé
    contre la buée du vitrail
     
    je suis là
    où la couleur hèle
    le fantôme précis de la mort
    la mémoire apaisée de l'amour
     
    Je suis là
    homme flotté
    dans les volutes d'un calumet
    que je fume
    en tournant dans ma main
    la cartouche brûlée
    de l'avenir
     
    Je suis là 
    comme à l'âtre de l'hiver
    l'épi rouge du feu   

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  • 01/25/18--08:25: Inédits
  • Autour du Poemium à moustaches de Monsieur Loiseau Loiseau

    (vérités à bretelles et vivants exquis)

    Denys-Louis Colaux

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    NB: Cet article est orné de photographies de mes deux aînés, Justin et Nora ici âgés de 3 et 5 ans. Ils jouent ici le rôle d'une claque enthousiaste et parfois hilare. Je suis l'auteur de ces enfants, de ces maquillages et de ces photographies.

    Nous apprenons qu'un chien massif et distrait a aplati un journaliste, le destinant, sans calcul croyons-nous, à la rubrique des journalistes écrasés.

    Un schizophrène, répondant successivement au nom de Monsieur Loiseau et de Monsieur Loiseau, s'adressait des lettres anonymes. Informé de leur contenu, il ne les ouvrait pas.

    Le champion du monde de lancer de poumon a été contrôlé positif à la nicotine. Il devra restituer sa médaille mais pourra toutefois en conserver le revers.

    Un homme a été sauvagement malmené par une fauvette sur le chemin du travail.

    Un navire citerne transportant des milliers d'hectolitres d'eau potable fait naufrage au large des côtes belges. Etat d'alerte décrété. Dégâts probablement considérables.

    Pratiquement personne, cimetière presque désert cet après-midi à l’enterrement d’un poisson rouge.

    Incident protocolaire à l'Elysée : la légion d'honneur a été attribuée à un individu qui a refusé de décliner son identité. ( Il s'agit peut-être de Monsieur Loiseau).

    On nous affirme de source autorisée que c'est suite à une interversion de dossiers que le mérite agricole a été décerné à une vache laitière. Le mérite et le ruminant se portent bien.

    L’allergie a encore frappé : un pauvre type se fracture le frontal en éternuant trop près d’un mur. (On nous laisse entendre qu’il pourrait s’agir d’Ernest Loiseau, un schizophrène peut-être décoré).

    Progrès mécaniques et hébétude : la récente invention du moteur totalement silencieux ne permet pas toujours au conducteur de savoir si la voiture est en marche.

    Incapable de trouver un mot un mot rimant avec « spectre », un poète guitariste tente de se suicider en avalant son plectre.

    Au terme d'une suite de vomissements salutaires, Monsieur Monsieur Loiseau a décidé de se mettre au piano.

    Un incurable schizophrène s’étant surpris en train de s’accoupler avec sa propre épouse s’est subitement réfugié dans la penderie. Aux dernières nouvelles, il y séjourne encore.

    Un curieux phénomène atmosphérique. Hier, en plein jour et à l'improviste, il a plu des palmes et des tubas. Bien des gens ont regretté de n'avoir pas emporté un peu d'eau. 

    Monsieur Loiseau s’écrit à lui-même pour démentir les rumeurs de fracture qui pèsent sur son frontal, son frontal.

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    Le sens des proportions se perd ou est fortement menacé. A la suite du naufrage d'un pédalo, on a miraculeusement repêché douze cadavres.

    Actualité heureuse : un communiqué officiel de la maternité de P*** nous informe que Madame Loiseau a mis au monde un jumeau, jumeau.

    Cela doit cesser. On a encore retrouvé douze médecins sans frontières errant aux quatre coins du globe. 

    Monsieur Loiseau offre une forte récompense à toute personne, personne, qui pourra lui fournir des informations sur son poisson rouge et flottant. Poisson rouge (c’est le nom du disparu) a quitté l’aquarium familial il y a trois jours.

    Un crime odieux va être commis. Ce n’est pas absolument certain mais c’est très probable.

    Mon fils, déclare Monsieur Monsieur Loiseau est, nous citons, trait pour trait le sosie de lui-même.

    Une dépêche de l’agence agence Loiseau porte à notre connaissance le fait qu’une baleine vivante aurait été repérée dans les eaux de la Mer Morte. Loiseau et la Mer se portent bien.

    Passage ce soir par-dessus les toits de notre ville d’un vol d’oies particulièrement sauvages.

    Le Vatican vient de communiquer la liste des douze lauréats pour les canonisations du mois de mai. A nouveau aucun Belge au palmarès. 

    Monsieur Joseph Staline est mort. Ce n’est pas nouveau. C’est même assez ancien. Mais ça reste une bonne nouvelle.

    On nous prie de publier l’avis suivant : « Si vous trouvez quelque chose, n’importe où, prière de me le restituer, ça m’appartient vraisemblablement ».

    Editorial. La ville, cette nuit, m’a paru en proie à une vertigineuse mélancolie. Même les réverbères baissaient la tête.

    Dérèglement climatique. La grêle qui s’est abattue sur les vignes du sud de la France a anéanti le mildiou et les raisins.

    Rubrique nécrologique. Nous sommes au regret de vous faire part du décès inopiné de Monsieur Malbranche, fossoyeur communal qui avait, Dieu merci, exprimé le vœu d’être incinéré.

    Notre manchette nous ayant été subtilisée à l’aube, nous sommes contraints de commencer l’édition du jour par la deuxième page.

    People. Une blonde avec des seins énormes a apporté son soutien à une cause.

    Mœurs. Monsieur Loiseau Loiseau porte plainte contre le succube qui a lâchement abusé de lui, la nuit dernière, pendant son sommeil, sommeil. Comme il ne dormait que d’un œil il a pu fournir une description précise de la diablesse.

    Société. Des voyous voyous ont charbonné les murs de la caserne d’un tag relativement abscons : « Militaires en soldes ».

    Bien qu’il ignore absolument tout de cette langue, Monsieur Monsieur Loiseau vient d’être traduit en cour martiale.

    Antiaméricanisme primaire. George Bush.

    On nous prie de diffuser l’avis suivant. « Cet individu, extrêmement dangereux, est activement recherché ». (Nous publierons évidemment la photo dès que nous entrerons en sa possession)

    Triomphe de la loi. La police a arrêté.

    Déchirant drame existentiel. Une jeune fille inconnue retrouvée morte sous la pluie, en juillet, dans un jardin public, celui de notre ville, le nôtre.

    Objet perdu. Une âme très endommagée mais encore bleue a été retrouvée sur un banc public. Pour être possédé d’elle, s’adresser au journal ou, en cas d’absence, à la concierge.

    Atteint d’un mal (provisoirement, espère-t-il) incurable, Monsieur Loiseau Loiseau a été admis à l’Hôtel-Dieu où, nous certifie-t-il, il a aussitôt perdu la foi, la foi.

    Petites annonces. « Vous ne m’avez jamais vu. Vous ne me connaissez pas. Je n’ai ni beauté intérieure, ni beauté extérieure. Et, en plus, je ne vous aime pas non plus ».

    Rectificatif. Dans l’affaire du naufrage de mardi, ce n’était pas le navire qui était en détresse, c’étaient les passagers. Toutes nos excuses.

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    Courrier du cœur. Femme désespérée. Grève de la faim. Souhaite rencontrer quelqu’un pour rompre le jeûne.

    Errata 1. Dans notre article d’hier sur le blanchiment d’argent, nous avons malencontreusement écritnègre en lieu et place de pègre. Une couille s’est glissée dans la copie.

    Errata 2. Dans notre errata 1 d’hier, notre q a sauté. Il fallait lire coquille et non pas testicule.

    Bulletin de santé. Monsieur Loiseau Loiseau va mieux. Mieux. Pas bien. Bien. Mais mieux. Mieux.

    Malgré un haut indice de protection, un gang de trafiquants d’huile solaire vient d’être démantelé.

    Election de Miss Limousin. Ballotage. Un deuxième tour s’impose.

    Grand banditisme. Un Belge à nouveau arrêté en Belgique. Ça n’en finira donc jamais !

    International. On nous apprend que le Nil a retrouvé le chemin de l’Egypte. On pense à la joie des pyramides.

    Monsieur Loiseau Monsieur nous prie de vous faire part de l’avis suivant : « Je je n’assisterai pas à mes funérailles ». En post-scriptum, il nous assure qu’il se fera néanmoins représenter.

    On a procédé ce matin au constat du vol de la Tour Eiffel. L’atterrissage s’est déroulé sans problème.

    Mystère. Hier, en dépit du bon sens, un phénomène de rayon vert s’est manifesté en pleine nuit.

    Chute mortelle. En fait, il s’agit plus exactement d’une chute vraisemblablement mortelle, le malheureux n’ayant pas encore pris contact avec le sol.

    Politique intérieure. Le corps inerte d’un dauphin retrouvé dans un bénitier de Notre-Dame de Paris. On ne songe pas sans compassion à l’émoi du bon peuple parisien.

    Lapsus terrible. En visite à Paris, le ministre belge des Affaires étrangères, désireux de faire savoir qu’il parle couramment le français, a salué ses « chers amis Pharisiens ». On l’aurait, paraît-il, lapidé si une pluie battante ne s’était courageusement interposée.

    Vente aux enchères. Les caleçons de flanelle de Monsieur Sotheby ont été acquis par un acheteur qui a préféré gardé l’anonymat. 

    Civisme. Un valeureux Breton, n’écoutant que son courage, se sauve de la noyade en imitant très correctement les mouvements de la brasse.

    Culture. Le nouveau recueil de Monsieur Monsieur Loiseau est sorti. Il n’a toutefois pas fait savoir où il se rendait.

    Mœurs. La célèbre femme nue sous son ciré a encore été aperçue ce matin. Hélas, subrepticement.

    Bonnes nouvelles des étoiles. Un astérisque s’éprend d’une étoile de mer. 

    Mœurs. Identifiée par ses enfants, la célèbre femme nue sous son ciré se repent et prend le voile.

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    Des nouvelles de Dieu ? Quelqu’un (de qui le nom n’a pas été dévoilé mais qui offre, paraît-il, de réelles garanties de crédibilité) aurait entendu une voix vraisemblablement divine et singulièrement mystérieuse marmonner des choses parfaitement incompréhensibles. 

    Espèce d’autodafé. Failli, un éditeur s’immole par le feu.

    Arts. Le Comité d’Organisation des Péripéties refuse à nouveau et comme on s’y attendait de faire connaître le calendrier de ses activités.

    Nature et prodige du mimétisme. Un de nos fidèles lecteurs nous apprend que le mot laie désigne à la fois la femelle du sanglier et un sentier en forêt.

    Accident de chasse et mimétisme. Un chasseur abat une canette de bière.

    Funérailles nationales. Une organisation irréprochable.

    Manifestation culturelle. Un discours musclé du président du Comité des Grands Nostalgiques : « Je vous exhorte à exécuter manuellement tout ce que peut accomplir une machine-outil ! »

    Patrimoine artistique. Une carte postale reproduisant La Chute d’Icare du peintre flamand Pieter Bruegel a été dérobée au présentoir de la papeterie Michonnet 

    Scandale à l’évêché. A l’église Sainte-Catherine, un bedeau surpris en train d’arroser la grande rose de la nef.

    Le Nobel. Une brusque flambée des prix l’a rendu inabordable cette année.

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    Moments d’hébétude personnelle

    Ma distraction ! L’autre jour, songeant à serrer la main à une femme, je lui fais un enfant !

    Un jour, je croise dans la rue un type mort depuis plus d’une dizaine d’années. J’ai hésité à prendre de ses nouvelles.

    Connaissant quelques problèmes de liquidités, je revends le Renoir qu’on m’a offert pour mon quarantième anniversaire. J’en tire des clopinettes, c’est un faux. Et pourtant, ce jour-là, j’avais bien quarante ans.

    Deux semaines plus tard, nouvelles difficultés financières. Non, pas mon Picasso ! Hein ? Bon, tant pis. Bien que je l’aie peint moi-même, je le monnaie assez bien.

    Je tousse depuis deux ans. Le docteur m’examine. Au terme de l’auscultation :

    -         Ben mon vieux, vous êtes dans un piteux état !

    -         C’est vrai, docteur, la Belgique ne va pas bien.

    Samedi passé, dans un effet de parfaite synchronisation, je perds en même temps la mémoire et mes clés. 

    Un homme m’accoste en rue, me parle avec enthousiasme puis, comme saisi d’un doute, me pose cette question :

    -         Tu te souviens de moi, j’espère ?

    -         Es-tu convaincu, lui dis-je, que le verbe espérer s’applique à la situation ?

    Un type, à brûle-pourpoint, ne se doutant pas même de l’absurdité de son injonction, me met au défi :

    -         Vas-y, sois drôle !

    Pris de cours mais conciliant, conscient tout de même de ne répondre que très imparfaitement à sa demande,  je fais une embolie.

    Dans une galerie, un type passablement fat m’apprend qu’il est l’auteur des croûtes exposées. Faute avouée, lui dis-je, est à moitié pardonnée.

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    PENSÉES PERSONNELLES ET PUBLIQUES

    Hier, j'ai couru tellement vite que j'ai perdu une étoile.

    Hier, je me suis penché tellement bas que j'ai ramassé une maladie.

    Tous les imbéciles et certaines valises ont un double fond. Ce ne sont jamais de vrais trésors qu'on y trouve. 

    Bien que je fusse assis et immobile, les gendarmes m'ont arrêté.

    Je regarde le boeuf comme un genre de philosophe délesté du fardeau de l'honneur.

    En discutant avec une Anglaise, j'ai découvert une sensation nouvelle : le vertige assis.

    Il me semble qu'il est plus commode de compter ses amis que de compter sur eux. Le plus indiqué est encore de conter ses amis. 

    Qu'il ne soit plus jamais question de rendre à César ce que l'on est parvenu à lui subtiliser.

    Quand la Brabançonne, je ne vais jamais ouvrir. Dehors est un lieu où elle retentit plus joliment.

    Au roi, il vaut mieux serrer le cou que la main.

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  • 01/25/18--08:28: Adam-Colaux
  • Tableau : Alain Adam - Poème : Denys-Louis Colaux

     

    Poème trapézoïdal

    A présent que ma vie penche

    comme un navire

    qui songe à décoller

    je retrouve un passage

    entre la pesanteur

    et le vertige


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    Musée des Beaux-Arts de Charleroi

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    René Magritte - Baigneuse - Musée des Beaux-Arts, Charleroi

    J’ai profité de l’opération « Musée gratuit le premier dimanche du mois » pour me rendre, à l’invitation de mon ami Sandro Baguet, au Musée des Beaux-Arts de Charleroi. « Evidemment, nous dit l’hôtesse d’accueil, on ne photographie pas ». Regrettable évidence, pas même une vue d’ensemble, rien. On ne photographie pas. Raison pour laquelle nous avons cherché dans la grande mémoire du web des images pour illustrer notre propos. Le Musée hennuyer, situé dans une aile latérale du Palais des Beaux-Arts a une vocation régionale, disons wallonne ou, plus exactement belgo-francophone. Pas envie de mégoter là-dessus, même si je ne peux dissocier dans mon esprit l’idée de musée et l’idée d’ouverture au monde. Au pèlerin de l’art, le voyage est indispensable. Ceci étant dit, même les artistes magistraux sont nés quelque part et il n’est pas exclu que ce quelque part s’en souvienne.

    Je vais à présent conduire ma petite visite personnelle (partisane, subjective, etc.)  avec les furtives notes que j’ai prises. La visite s’ouvre sur une suite de tableaux de François-Joseph Navez, un peintre belge né à Charleroi (1787-1869), bon portraitiste et qui fut directeur de l’Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles de 1835 à 1862. On découvre ensuite quelques œuvres de l’un de ses élèves, (son gendre, par ailleurs), Jean-François Portaels (1818-1869), orientaliste et qui a peint la belle jeune nord-africaine que nous reproduisons ci-contre..

    Violent instant d’exotisme, dans le lot, on trouve un charmant petit Paysage de Gustave Courbet, (1819-1877) le maître du réalisme français, celui de L’enterrement à Ormans (dont Rops s’était inspiré pour son excellent Enterrement en pays wallon), de l’Atelier du peintre, des Cribleuses de blé et de l’incontournable Origine du mondeIl y a quelque chose, un grand paysage, de Théodore Fourmois, paysagiste, dessinateur, graveur, aquarelliste (1814-1871).

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    L’annonciation, Paul Delvaux

    Et puis, on arrive chez les maîtres, d’abord avec une œuvre de 1955, l’Annonciation de Paul Delvaux (1897-1994), formidable bâtisseur d’un univers féminin onirique, hiératique, mystérieux et fascinant. Delvaux, venu au surréalisme par l’influence de tableaux de Georgio de Chirico ou René Magritte, est un artiste à part, un créateur libre et sans doute l’un des phares de l’art contemporain belge. L’essentiel de son œuvre est rassemblé dans le musée de Saint-Idesbald à Coxyde, sur le littoral belge. A côté de cette œuvre isolée, quelques œuvres de René Magritte (1898-1967), un des maîtres du surréalisme, sont rassemblées. Magritte est un artiste considérable, un grand inventeur pictural du XXème s., c’est une constellation à lui tout seul, et c’est un bonheur d’approcher quelques-unes de ses toiles. « Tout dans mes œuvres, affirmait Magritte, est issu du sentiment de certitude que nous appartenons en fait à un monde énigmatique ». Il  y a des œuvres de jeunesse (1919-1920) mais aussi quelques œuvres importantes comme La Fée ignorante, Baigneuse, La Liberté de l’esprit, L’Eclair. « Être surréaliste, disait encore Magritte, c’est bannir de l’esprit le déjà vu et rechercher le pas encore vu ».

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    Liberté de l'esprit, René Magritte

    Quel bonheur de trouver là deux magnifiques toiles d’Anna Boch (1848-1936), une impressionniste extrêmement gracieuse et que j’aime beaucoup. Ces deux toiles, En juin, 1894, et Moutons et berger, je n’ai pas noté la date, sont de grands formats élégants et raffinés. J’aime ce charme, il opère sur moi. C’est important, le charme, un grand bienfait, une sorte de caresse spirituelle en l’absence de tout geste. Un foehn, le charme, pour le mot, pour l’espèce de vent tiède et parfumé qu’il laisse deviner.

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    En  juin, Anna Bloch

    Je trouve avec plaisir de plaisants petits tableaux de mon cher Félicien Rops (1833-1898), le belge qui fut le plus estimé à Paris dans la deuxième mois du dix-neuvième et qui illustra Baudelaire, Verlaine, Barbey d’Aurevilly ou Mallarmé. Rops reste pour moi un artiste majeur, audacieux, libre, un dessinateur et un lithographe d’exception. Parmi ces petites œuvres exposées à Charleroi, je m’émeus d’une huile sur bois représentant L’Etang de Bambois, proche de chez moi. Jamais une production de Rops ne m’a laissé indifférent. Là, il y a un James Ensor aussi (1860-1949). James l’Ostendais, le génial inventeur d’un grotesque sublime, d’un carnavalesque effronté. Cette année, j’étais sur le littoral, à Ostende, chez un parent. A trente mètres de la demeure, je découvre le petit tombeau du baron James Ensor, à gauche de la petite église de Notre-Dame-des-dunes. Ici, il y a une belle huile sur toile :L’Estaminet.  Puis, très ensorien, il y a Ostende. Vient le louviérois Paul Leduc (1876-1943) avec un grand tableau, Le grand Canal à Venise. Voilà Alfred Stevens( 1823-1906) avec une toute petite et belle marine. J’aime ses élégantes, ses beautés bourgeoises pensives, rêveuses et vêtues d’étoffes raffinées. Elles ne sont pas là. Je les aurais aimées parmi les porions, les mineurs, les grandes usines flamboyantes, les bronzes de Meunier. Edgard Tytgat (1879-1957), qui a quelque chose d’un naïf averti, est graveur, peintre, aquarelliste, dessinateur, illustrateur. De lui, on peut voir La Joie d’été, une très belle œuvre de 1931. Tout près, son ami, Rik Wouters (1882-1916), peintre et sculpteur (auteur deLa Vierge folle, un superbe bronze massif et enlevé, inspiré par la danseuse Isadora Duncan). De lui, j’aime les deux toiles présentes Femme en rouge et Femme assise. Un de mes grands bonheurs, c’est la découverte de Gilberte Dumont (1910-1989) dont j’avais entrevu, intrigué par la maîtrise technique, une ou deux œuvres. Ici, je savoure l’excellent, le minutieux, le lumineux travail de l’artiste carolorégienne, et cette sorte de verni magique qui magnifie son travail. Oui, là, je prends mon temps, je savoure. Il y a là quelque chose d’inédit, un talent rare et totalement original,  il y a quelque chose de grandiose, un trésor. C’est le réel, sans doute, mais comme enchanté et poétisé par la main très artiste de Gilberte Dumont. Je retournerai aux Beaux-Arts rien que pour revoir les œuvres de Gilberte Dumont. Ces œuvres, tant elles sont riches, ne se laissent pas épuiser, elles ont des ressources, un souffle, une âme époustouflante. Passionnante artiste. J’aime son autoportrait. Je découvre une photo d’elle, elle a le physique d’une Piaf qui aurait été belle. Cette œuvre a besoin d’un peu de publicité, il me semble. Il y a là d’étranges et fascinants joyaux. C’est une grossière erreur que de négliger cela, un sacrilège.

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    Autoportrait, Gilberte Dumont

    Il y a là aussi Thierry Tillier, collagiste, revuiste et poète que j’ai connu jadis, Charley Case que j’ai croisé jadis également et dont j’aime beaucoup le travail. Il y a un important nombre, une trentaine d’excellentes encres de chine du surréaliste Simon Armand (1906-1981). Jean Rancy (1910-1991) est un peintre surréaliste, un peintre dont l’œuvre est ancrée dans le rêve. J’ai remarqué aussi Léon Devos (1897-1974), du groupe Nervia (Anto Carte, Louis Buisseret, Frans Depooter, Léon Navez, Pierre Paulus, Rodolphe Strebelle, Taf Wallet et Jean Winance) qui cherchait à promouvoir l’art wallon. De Devos, j’apprécie les deux œuvres exposées : Portrait de jeune fille et Nu assis. L’expressionniste de Chatelet Gustave Camus (1914-1984) est là avec La Robe bleue. Camus, au sein du groupe Hainaut Cinq lui aussi militait pour l’existence et la diffusion de l’art wallon. Hainaut Cinq est un groupe constitué de cinq artistes : Zéphir Busine, Gustave Camus, Jean Rancy, Jean Pigeon et Roger Dudant. Il est constitué d’artistes jouissant d’une certaine notoriété et entre en action en 1964. Le groupe se fixe pour objectifs de promouvoir les artistes belges talentueux et d’attirer l’attention du public sur les œuvres de leurs jeunes confrères. De Marcel Gibon (1910-1975), je découvre un beau Portrait de Madame Gibon. Je note, en visitant les espaces du Web que peu, très peu d’images de ces artistes sont visibles. Protection, m’affirmera-t-on. Il me semble qu’il s’agit essentiellement d’une déplorable protection contre la connaissance, d’un enfermement ridicule et morbide dans la confidentialité et d’une façon absurde de hâter le phénomène de vaporisation des artistes. Ces absences ne protègent rien du tout, elles effacent du paysage artistique des artistes et les vouent à l’enlisement dans l’oubli définitif. Mais ces remarquables absences trahissent sans doute aussi une sorte d’indigence intellectuelle et culturelle, un mesquin et secret commerce de petits épiciers de l’art et une affligeante fainéantise.

    Du groupe Nervia lui aussi, le peintre et graveur Louis Buisseret (1888-1956) est visible avec une œuvre intitulée Nymphes au bord de l’eau. Il y a de l’élégance chez Buisseret, j’aime son style, sa représentation de la femme. Le sculpteur de Mont-sur-Marchienne Alphonse Darville (1910-1990) est représenté par un beau bronze, Primavera, et un torse de jeune fille non titré. Evidemment, il y a Constantin Meunier (1831-1905), le grand réaliste belge, peintre et sculpteur, artiste de la condition ouvrière. Il est là sous l’espèce de la peinture avec des œuvres comme Mineur borain, Mineur liégeois, Hiercheuse descendant à la fosse, il est évidemment présent sous l’espèce de la sculpture avec Le Blessé, Le Puddleur. Beaucoup de talent, de noblesse, de sensibilité et d’humanité dans l’œuvre de Meunier.

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    Constantin Meunier, Hiercheuse descendant à la fosse

    Un maître. J’ai aimé La Récolte de pommes de terre, une œuvre de 1915, de Firmin Baes (1874-1943) qui est l’auteur de quelques splendides nus et de portraits féminins d’une très haute qualité, mélangeant avec talent les thèmes populaires et les sujets raffinés. Baes est souvent un peintre admirable.

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    Quelques oeuvres de Firmin Baes (elles ne se trouvent pas au musée des Beau-Arts de Charleroi)

    Il faut mentionner le peintre Arsène Detry (1897-1981), « surréaliste qui s’ignore » selon René Magritte, un étrange esthète qui capte dans le Borinage des formes susceptibles de saisir la lumière, qui recueille des harmonies, des volumes. Pourtant, il semble bien, en observant le fruit de ses recherches formelles, que cet artiste est un être éminemment spirituel qui détecte dans les lieux déshérités où l’être (absent de l’œuvre) vit et travaille quelque chose comme l’invisible présence d’une âme et les signes d’une condition humaine. J’ai été hélé par une œuvre du peintre Georges Brasseur (1880-1950), une œuvre intitulée Les Rivageuses de Dampremy et qui montre à la fois la terrible condition des ouvrières et la coquetterie déconcertante de certaines d’entre elles, cette splendide obstination de la féminité jusqu’au cœur des plus terribles conditions de travail. Du célèbre expressionniste belge Pierre Paulus (1881-1959), on trouve un grand nombre d’œuvres. Lui aussi est un artiste extrêmement sensible à la condition ouvrière et les paysages miniers, les ouvriers qui les font vivre habitent son œuvre. Dans cette veine, son tableau Jeunesse , dans lequel un jeune couple énamouré traverse un décor industriel, me semble une vraie merveille.

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    Pierre Paulus, Jeunesse

    Mais je veux terminer par une œuvre terrible que j’aime depuis longtemps.Elle est d’Anto Carte (1886-1954), peintre, graveur, dessinateur et illustrateur. L’œuvre exposée est, je crois, une huile sur bois. J’en ai trouvé ici une lithographie.

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